‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 162 sur 284 · SCÈNE. I. — POLYPUONTE, Énox · texte numérisé non relu

SCÈNE. I. — POLYPUONTE, Énox

roLYPnoNTE. A ses emportements, je croirais qu'à la fin

Klle a de son époux reconnu l'assnssin ;

Je croirais que ses yeux ont éclairé l'abîme

Où dans rknpunilé s'était caché mon crime.

Son cœur avec eiïroi se refuse à mes vœux ;

Mais ce n'est pas son cœur, c'est sa main que je veux :

Telle est la K')i du peuple ; il le faut satisfaire.

Cet hymen m'asservit el le fils et la niéro ;

Et par ce nœud sacré, qui la met dans mes mains,

Je n'en fais qu'une esclave utile à mes desseins.

Qu'elle écoute à son gré son impuissante hamo;

Au char de ma fortune il est temps qu'on l'enchaîne.

Mais vous, au meurtrier vous venez de parler:

Que pensez-vous de lui ?

KRox. Rien ne peut le troubler.

Simple dans ses discours, mais ferme, invariable,

J.a mort ne fl&chit point celle âme impénétrable.

j'en suis frappé, seisrneur, et je n'attendais pas

Un couraçrt aussi çrand dans un rano aussi bas.

J'avouerai qu'en secret moi-même je l'admire. POLYPHONIE. Quel est-ii, en un mot?

Ériox. Ce que j'ose vous dire,

C'est qu'il n'est point, sans doute, un de ces assassins

Disposés en secret pour serxir vos desseins. POLYPHONIE. Pou\e/.-vous en parler avec tant d'assurance?

Leur conducteur n'est plus. Ma juste défiance

A pris soin d'effacer dans son sang danger-ux

De ce secret d'État les vestiges honteux :

Mais ce jeune inconnu me tourmente et m'attriste.

Me répondez-vous bien qu'il m'ait défait d'Égisthe?

Croirai-je que, toujours soigneux de m'obéir.

Le sort jusqu'à ce point m'ait voulu prévenir? Énox. Mérope, dans les pleurs mourant désespérée,

E<t de votre bonheur une preuve assurée;

Et tout ce que je \ois le confirme en effet:

Plus fort que tous nos soins, le hasard a tout fait. roLYPHOME. Le hasard va souvent plus loin que la prudence;

Mais j'ai trop d ennemis, et trop d'expérience.

Pour laisser le hasard arbitre de mon sort.

Ciiel que soit l'étranger, il faut hàler sa mort.

Sa mort sera le prix de cet hymen auguste ;

Elle affermit mon trône : il suffit, elle est juste.

Le peuple, sous mes lois pour jamais engagé.

Croira son prince mort, et le croira vengé. :

Miiis répondez : quel est ce vieillard téméraire

Qu'on dérobe à ma vue avec tant de mystère?

Mérope allait verser le sang de l'assassin :

Ce vieillard, dites-vous, a retenu sa main;

Que voulaii-il?

ÉBOX. Seigneur, chargé de sa misère.

De ce jeune étranger ce \ ieillard est le père :

Il \enait implorer la grâce de son fils. roLYPnONTE. Sa grâce? Devant moi je veux qu li soit admis.

Ce vieillard nie trahit, crois-moi, puisqu'il se cache.

Ce secret m'importune; il faut que je l'arrache

Le meurtrier, surtout, excite mes soupçons.

Pourquoi, pnr quoi caprice, et par quelles raisons,

la ro:iu\ qui liiuloL i)ressait tant son supplice,

N'o.-e-l-cl!e achever cejuste sncrifice?

Page 1