SCÈNE IL — PoLYPiiONTE, Égisthe, NarbaSjEukyclès^ Garo
(Narhas et Euryclès s'éloignent un peu.) POLYPHONTE. Relirez-vous ; et toi, dont l'aveugle jeunesse Inspire une pitié qu'on doit à la faiblesse , Ton roi veut bien encor, pour la dernière fois, Permettre à les destins de changer à ton choix. Le présent, l'avenir, et jusqu'à ta naissance, «
Tout ton être, en un mot, est dans ma dépendance. Je puis au plus haut rang d'un seul mot t'élever, Te laisser dans les fers, te perdre ou te sauver. Elevé loin des cours et sans expérience, Laisse-moi gouverner ta farouche imprudence. Crois-moi, n'affecte point, dans ion sort abattu, Cet orgueil dangereux que tu prends pour vertu. Si dans un rang obscur le destin l'a fait naître, Conforme à ton état, sois humble avec ton maître; Si le hasard heureux t'a fait naître d'un roi, Rends-toi digne de l'être en servant près de moi. Une reine en ces lieux te donne un grand exemple ; Elle a suivi mes lois, et marche vers" le temple. ' Suis ses pas et les miens ; viens au pied de l'autel Me jurer à genoux un hommage éternel.
Puisque lu crains les dieuX; alti^sle leur puissance, Prend:-les tous à témoin de ton oîjéissance. La porte des grandeurs est ouverte pour toi : Un i'efus lo perdra; choisis, et réjjonds-moi. ÉGiSTHE. Tu me vois désarmé, comment puis-je répondre? Tes discours, je l'avoue, ont de quoi me confondre; Mais rends-moi seulement ce glaive que tu crains. Ce fer que ta prudence écarte de mes mains : Je répondrai [lour lors, et lu pourras connaître Qui do nous deux, perfide, e--,t l'es-'clave ou le maître ; Si c'est à Polyphonie à régler mes di-slins, Et si le {ils des rois punit les assassins. POi.Yi'UONTt:. l'ail.do et lier ennemi, nia bonté l'eui-ourngo Tu iiic i;ioi5 assez ^rand pour oublier louira^c,
Pour na m'a\ilir pas jusqu'à punir en loi
Un (î.-clavc inconnu qui s'attaque à son roi.
lîh bien ! cette bo.ité, qui s'indi^^uc el se lasso,
Te donne un t^oul nioniont |)Our ol)tcnir ta gràco.
Je t'atlonils aux autt^ls, et lu [leux y venir ;
Viens !ece\oir la mort, ou juier d'ahéir.
(tardes, auprès de moi vous pourrez linlroduirc.
(Ju'aucun autre ne sorte, cl n'ose le conduire.
\ous, Xarbas, luiryclcs, je le laisse en vos mains.
Ireniblez ; vous répondrez de ses caprices vains.
Je connais votre haine, et j'en sais l'impuissance ;
Mais je me fie au moins à voire expérience.
Qu'il soit né de ?vIérope, ou qu'il soit votre lils.
D'un conseil imprudent sa mort sera le prix.
SCÈNE III. — Égisthe, Naiibas, Euryclés. ÉGiSTiiE. Ah ! je n'en recevrai que du sang qui m'anime.
Hercule ! instruis mon bras à me venger du crime;
Eclaire mon esprit, du sein des immortels!
Polyphonie m'appelle au pied de tes autels;
Et j'y cours.
NARBAS. Ah ! mon prince, êlcs-vous las de vivre? EURYCLÈs. Dans ce péril, du moins, si nous pouvions vous suivre!
Mais laissez-nous le temps d'éveiller un parli.
Qui, toul faible qu'il est, n'est point anéanti.
Soutirez...
ÉGISTHE. En d'autres temps mon courage tranquille^
Au frein de vos leçons serait souple et docile ;
Je vous croirais tous deux : mais dans un tel malheur,
Il ne faut consulter que le ciel et son cœur.
Qui ne peut se résoudre, aux conseils s':''.andonne;
Mais le sang des héros ne croit ici personne.
Le sort en est jeté... Ciel! qu'esl-cs que je voi!
Mérope !
SCÈNE IV. — Mérope, Egisthe, Naubas, Ecryclès, Suite. Miir.opE. Le tyran m'ose envoyer vers toi :
Ne crois pas que je vive après cet hyméjiéc;
Mais celle honte horrible où je suis entraînée ,
Je la subis pour toi, je me fais cet effort :
Fais-toi celui de vivre, et commande à ton sort.
Cher objet des terreurs dont uion âme est atlcinle,
Toi pour qui je connais el la honte et ia crainte,
Fils des rois et des dieux, mon iils, il faut servir.
Pour savoir se venger il faut savoir souffrir. •
Je sens que ma faiblesse et t'indigne et t'outrage ;
Je t'en aime encor plus, et je crains davantage.
Mon fils.
ÉGisTHE. Osez me suivre.
MÉROPE. Arrête! que fais- lu?
Dieux! je me plains à vous de son trop de vertu. ÉGISTHE. Voyez-vous en ces lieux le tombeau de mon père?
Enlcndez-vous sa voix? Etes-vous reine et more?
Si vous l'êtes, venez.
MÉROPE. Il semble que le ciel
T'élève en ce moment au-dessus d'un mortel.
Je respecte mon sang ; je vois le sang d'Alcide.
Ah '. parle : remplis-moi de ce dieu qui le guide.
Il te presse, il t'inspire. 0 mon fils! mon cher fils'
Achevé, et rends la force a mes faibles esprits. •
ÉGisTHE. Aurlez-voLis des amis clans ce temple funeste? MKROPE. J'en eus quand j'étais reine , et le peu qui m'en reste
Sous un jouy; étranger baisse un front abattu :
Le poids de mes malheurs accable leur vertu.
Polyphonte est haï; mais c'est lui qu'on couianne:
On m'aime et l'on me fuit,
*" ÉGisTiiE. Quoi! tout vous abandonne!
Ce monstre est à l'autel?
MÉROPE. Il m'attend,
ÉGisïHE. Ses doldats,
A cet autel horrible accompagnent ses pas? MÉROPE. Non ; la porte est livrée a leur troupe cruelle.
Il est environné de la foule infidèle
Des mêmes courtisans que j'ai vus autrefois
S'empresser à ma suite, et raniper sous mes lois ;
Et moi, de tous les siens à l'autel entourée.
De ces lieux, à toi seul, je puis ouvrir l'entrée. ÉGisTHE. Seul, je vous y suivrai ; j'y trouverai des dieux
(Jui punissent le meurtre, et qui sont mes aïeux. MÉUOPE. lis t'ont trahi quinze ans.
ÉGisTiiE. Ils m'éprouvaient, sans doute.
MÉROPE. Eh , quel est ton dessein ?
ÉGiSïHE. Marchons, quoi qu'il en coûte.
Adieu, tristes amis; vous connaîtrez du moins
Que le fils de Mérope a mérité vos soins. A Narbas, en r embrassant.
ïu ne rougiras point, crois-moi, de ton ouvrage.
Au sang qui m'as formé tu rendras témoignage.