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SCÈNE V. — CÉSAR, BnuTus

CÉSAR. Demeure. C'est ici que tu dois ro'éccater;

Où vas-tu, malheureux?

BKUTus. Loin delà tyrannie.

CÉSAR. Licteurs, qu'on le retienne.

BRUTLs. -Achevé, et preddsma vie.

CÉSAR. Brutus, si ma colère en voulait a tes jours,

.le n'aurais qu'à parler, j'aurais fini leur cours.

Tu l'as trop mérité : ta fiere ingratitude

Se fait de in'offenser une iarouche élude.

Je te retrouve encore avec ceux des Romains

Dont j'ai plus soupçonné les perfîdos desseins ;

Avec ceux qui taniôt ont osé me déplaire,

Ont blàiné ma conduite, ont bravé ma colère. DUUTLS. Ils parlaient en Roinains, César, et leurs avis,

Si les dieux t inspiraient, seraient encor suivis. CÉSAR. Je soutire ton audace, et consens à t entendre ^

De mon rang avec toi je me plais à descendre :

Que nae reproches-tu ?

BKLTL s. Le monde ravagé,

Le sang des nations, ton pays saccagé ;

Ton pouvoir, tes vertus, qui font tes injustices,

Qui de tes attentais sont en toi les complices ;

Ta funeste bonté, qui tait aimer tes fers.

Et qui n'est qu'un appàl pour tromper l'univers. CÉSAR. Ah ! c'est ce qu il fallait reprocher à Pompée ,

Par sa feinte vertu la tienne fut trompée ;

Ce citoyen superbe, à Rome plus fatal,

N'a pas même voulu César pour son égal.

Crois-tu^ s'il m'eût vaincu, que cette âme hautaine

Eût laissé respirer la liberté romaine ?

Sous un joug despotique il t'aurait accablé.

Qu'eût fait Brutus alors ?

BRDTUS. Brutus l'eût immolé.

CÉSAR. 'Voilà donc ce qu'enfin ton grand cœur me destine ?

Tu ne t'en défends poiat. Tu vis pour ma ruine.

Brutus :

BRUTUS. Si tu le crois, préviens donc ma fureur.

Qui peut te retenir?

CÉSAR, lui présentant la lettre de Servilie. La nature, ei mon cœur.

Lis, ingrat, lis : connais le sang que tu m'opposes ;

Vois qui tu peux haïr ; et poursuis, si tu l'oses. BauTus. Où suis-je? Qu'ai-je lu ? me trompez-vous, mes yeus î

CÉSAR. Eh bien, Brutus, mon fils!

BuuTus. Lui, mon père ! îçrands dieux!

CÉSAR. Oui, je le suis, ingrat ! Quel silence farouche î

Que dis-jc ! quels sanglots échappent de ta bouche ?

Mon fils.... Quoi, je te liens muet entre mes bras !

La nature félonne, et ne t'attendrit pas ! BRUTUS. 0 sort épouvantable, et qui me désespère !

0 serments ! ô patrie ! ô Rome toujours chère !

César !... Ah, malheureux ! j'ai trop longtemps vécu. CÉSAU. Parle. Quoi ! d'un remords R)n cœur est combattu !

Ne me déguise rien. Tu gardes le silence !

Tu crains d'être mon fils ; ce nom sacré t'offense;

Tu crains de me chérir, de partager mon rang:

C'est un malheur pour toi d'être né de mon sang !

Ah ! ce sceptre du monde, et ce pouvoir suprême,

Ce César, que tu hais, les voulait pour toi-môme ;

Je voulais partager avec Octave et toi

Le prix de cent combats, et ce litre de roi, BRUTUS. Ah, dieux !

CÉSAR. Tu veux parler, et te retiens à peine !

Ces transport sont-ils donc de tendresse ou de haine ?

Quel est donc le secret qui semble l'accabler ! BRUTUS. César....

CÉSAR. Eh bien ! mon fils?

BRUTUS. Je ne puis lui parler.

CÉSAR. Tu n'oses me nommer du tendre nom de père ? BRUTUS. Si tu l'es, je te fais une unique prière. CÉSAR. Parle : en le l'accordant je croirai tout gagner. BRUTUS. Fais-moi mourir sur l'heure, ou cesse de régner. CÉSAR. Ah ! barbare ennemi, tigre que je caresse !

Ah! cœur dénaturé qu'endurcit ma tendresse!

'Va, tu n'es plus mon fils ; va, cruel citoyen.

Mon cœur désespéré prend l'exemple du lien :

Ce cœur, à qui tu fais cette effroyable injure,

Saura bien comme toi vaincre enfin la naiure.

Va, César n'est pas fait pour le prier en vain ;

J'apprendrai de Brutus à cesser d'être humain :

Je ne le connais plus. Libre dans ma puissance.

Je n'écouterai plus une injusle clémence ;

Tranquille, à mon courroux je vais m'abandonner.

Mon cœur trop indulgent est las de pardonner.

J'imilerai Sylla, mais dans ses violences ;

Vous tremblerez, ingrats, au bruit de mes vengeances.

Va, cruel, va trouver tes indignes amis:

Tous m'ont osé déplaire, ils seront lous punis.

On sait ce que je puis, on verra ce que j'ose:

Je deviendrai barbare ; et toi seul en es cause. BRUTUS. Ah ! ne le quittons point dans ses cruels desseins :

Et sauvons, s'il se peut. César et les Romains.

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