ACTE TROISIÈME
(Le théâtre représente un cabinet du palais.) SCÈNE L — SÉMîRAMis , Otane.
sÉMiBAMis. Otane, qui l'eût cru, que les dieux en colère Me tendaient en effet une main salutaire, Qu'ils ne m'épouvantaient que pour se désarmer? Ils ont oiuert l'abîme, et l'ont daigné fermer : C'est la foudre à la main qu'il m'ont donné ma grâce, Ils ont changé mon sort, ils ont conduit Arzace, Ilsveul^ntmon hymen; i's veulent expier.
Par ce l'en nouveau, les crimes du premier. Non, je ne doute plus que des cœurs ils disposent : Le m t'n vole au-devant de la loi qu'ils m'imposent. Arzace, c'en est fait, je me rends, et je voi Que tu devais régner sur le monde et sur moi.
OTANE. Arzace, lui?
N sÉMiRAMis. Tu sais qu'aux plaines de Scythie, Quandje vengeais la Perse et subjuguais l'Asie. Ce héros (sous son père il combattait alors),
Ce héros, entouré de captifs et de morts,
M'offrit en rougissant, de ses mains triomphantes
Des ennemis vaincus les dépouilles sanglantes.
A son premier aspect tout mon cœur étonné
Par un pouvoir secret se sentir entraîné;
Je n'en pus affaiblir le charme inconcevable.
Le reste des mortels me sembla méprisable.
Assur, qui m'observait, ne fut que trop jalout ;
Dès lors le nomd'Arzace aigrissait son courroux :
Mais l'image d'Arzace occupa ma pensée, ,
Avant que de nos dieux la main ne l'eût tracée.
Avant que cette voix qui commande à mon cœur
Me désignât Arzace, et nommât mon vainqueur.
OTANE. C'est beaucoup abaisser ce superbti courage (Jui d'is maîtres du Gange a dédaigné l'hommase. Qui, n'écoutantjamais de faibles sentiments, Veut des rois pour sujets et non pas pour amants. "Vous avez méprisé jusqu'à la beauté môme, Dont l'empire accroissait votre empire suprême; Et vos yeux sur la terre exerçaient leur pouvoir, Sans que vous daignassiez vous en apercevoir. Quoi! de l'amour enfin connaissez-vous les charmes? Et pouvez-vous passer de ces sombres alarmes Au tendre sentiment qui vous parle aujourd'hui?
sÉMiRAMis. Non, ce n'est point l'amour qui m'entraîne vers lui î Mon ûme par les yeux ne peut être vaincue. Ne crois pas qu'à ce point de mon rang descendue Écoulant dans mon trouble un charme suborneur, Je donne à la beauté le prix do la valeur ; Je crois sentir du moins de plus nobles tendresses. Malheureuse! est-ce à moi d'éprouver des faiblesses. De connaître l'amour et ses fatales lois? Otane, que veux-tu ? je fus mère autrefois. Mes malheureuses mains à peine cultivèrent Ce fro^t d'un triste hymen que les dieux m'enlevèrent. Seule, en proie aux chagrins qui venaient m'alarrner, N'ayant autour de moi rien que je pusse aimer, Sentant ce vide atfreux de ma grandeur suprême, M'arrachant à ma cour et m'évitant moi-même. J'ai cherché le repos dans ces grands monuments, D'une âme qui se fuit trompeurs amusements. Le repos m'échappait ; je sens que je le trouve : Je m'étonne en secert du charme que j'éprouve ; Arzace me tient lieu d'un époux et d'un fils^ Et de tous mes travaux, et du monde soumis. Que je vous dois d'encens, ô puissance céleste; Qui, me forçant de prendre un joug jadis funeste. Me préparez au nœud que j'avais abhorré. En m'embrasant d'un l'eu par vous-même inspiré!
OTANE. Mais vois avez prévu la douleur et la rage Dont va frémir Assura ce nouvel outrage; Car enfin il se Halle, et la communo voix A fait tomber sur lui l'Iionncur de votre choix: Il no bornera pas son dépit à se plaindre.
sÉMiKAMis. Je ne 1 ai point trompé, je ne veux pas le craindre. J'ai su quinze ans enliers, quel que fût son .projet. Le tenir dans le rang de mon premier sujet : A son ambition, pour moi toujours suspecle, Je prescrivis qujiue uns les bornes cju'd respecte.
Je régnais seule alors : et si ma faible main Wità SUS vœux hardis ce redoutahio frein ; Que pourront désormais sa brigue et çon audace Cc.nre Sémiramis unie avec Arzaceî Oui, je crois que Ninus, content de mes remords. Pour presser cet hymen quille le sein des morts. Sa grande ombre, 'en effet, déjà tropoftensée, Contre Sémiramis serait trop courroucée; Elle verrait donner, avec trop de douleur. Sa couronne et son lit à son empoisonneur. Du sein de son tombeau voilà ce qui l'apijello ; Les oracles d'Ammon s'accordent avec elle; La vertu d'Oroès ne me fait plus trembler ; Pour entendre mes lois, je l'ai fait appeler : Je l'attends. I
OTANE. Son crédit, son sacré caractère.
Peut appuyer le choix que vous prétendez faire. SÉMIRAMIS. Sa voix achèvera de rassur»ir mon cœur. OTANE. Il vient.
SCûNE If. — SÉMIRAMIS, Oroes.
SEMIRAMIS. DeZoroastre, auguste successeur. Je vais nommer un roi ; vous, couronnez sa têto ; Tout est-il préparé pour cette auguste fête? OROÈs. Les mages et les grands attendent votre choix ; Je remplis mon devoir et j'obéis aux rois : Le soin de les juger n'est point notre partage; C'est celui des dieux seuls.
SÉMIRAMIS. A ce sombre langage On dirait qu'en secret vous condamnez mes vœux. OROÈS. Je ne les connais pas; puissent-ils être heureux! SÉMIRAMIS. Mais vous interprétez les volontés célestes. Ces signes que j'ai vus me seraient-ils funestes? Une ombre, un dieu, peut-être, à mes yeux s'est montré; Dans le sein de la terre il est soudain rentré. Quel pouvoir a brisé l'éternelle barrière Dont le ciel sépara l'enfer et la lumière. D'où vient que les humains, malgré l'arrêt du sort,' Reviennent à mes yeux du séjour de la mort ? 0R0É3. Du ciel, quand il le faut, la justice suprême Suspend l'ordre éternel établi par lui-même; Il permet à la mort d'interrompre ses lois, Pour l'effroi de la terre et l'exemple des rois, sÉMnAMis. Les oracles d'Ammon veulent un sacrifice, oaois. Il se fera, madame.
SÉMIRAMIS. Eternelle justice!
Qui lisez dans mon âme avec des yeux vengeurs. Ne la remplissez plus de nouvelles horreurs; De mon premier nymen oubliez l'infortune. A Oroès, qui s'éloignait. Revenez.
OROÈs, revenant. Je croyais ma présence importune. SÉMIRAMIS. Répondez : ce malin, au pied de vos autels,
Arzace a présenté des dons aux immortels? QnoÈs. Oui, ces dons leur sont chers; Arzace a su leur plaire. SÉMIRAMIS. Je le crois, et ce mot me rassure et m'éclaire.
Puij-je d un sort heureux me reposer sur lui? onoÈs .\rzace, de l'empire est le plus digne appui; Les dieux l'ont amené ; sa gloire est leur ouvrage. SÉMIRAMIS. J'accepte avec transport ce fortuné présage ; L'espérance et la paix reviennent me calmer
ïtiBAïRS DS VOLT. 1^
Allez ; qu'un pur encens recommence à fumer. De vos mages, de vous, que la présence auguste, Sur l'hymen le plus grand, sur le choix le plus juste, Attire de nos dieux les regards sou\erains. Puissent ae ce. /".lat les éternels destins Rpprei>dre avec ies miens une splendeur nouvelle l Hâtez de ce beau jour la pompe solennelle.