SCÈNE (II. — SÉMiRAMis, Otane
SÉMiBAMis. Ainsi leciel est d'accord avec moi ;
Je suis son interprète en choisissant un roi.
Queie vais l'étonner par le don d'un empire!
Qu'il est loin d'espérer ce moment ou j'aspire!
Qu'Assur et tous les siens vont être humiliés!
Quand j'aurai dit un mot, la terre esta ses pieds.
Combien à mes bontés il faudra qu'il répon.ie !
Je l'épouse, et pour dot je lui donne le monde.
Enfin ma gloire est pure, et je puis la goû.er. SCÈNE IV. — SÉMIRAMIS, Otane, iMitrane, un officier vv palms. OTANK. Arzace à vos genoux demande à se jeter :
Daignez a ses douleurs accorder celle grâce, SÉMIRAMIS. Quel chagrin prèsdemoi peut occuper Arzace?
De mes chagrins lui seul a dissipé 1 horreur :
Qu'il vienne; il ne sait pas ce qu'il peut sur mon cœur.
Vous dont le sang s'apaise, et dont la voix m'inspire,
0 mânes redoutés et vous, dieux de l'empire,
Dieux des Assyriens, deNinus, de mon fils,
Pour le favoriser soyez tous réunis.
Quel trouble en le voyant ma soudain pénétrée! SCÈNliV. — SÉMIRAMIS, Arzace, Azèma.
ARZACE. G reine, à vous servir ma vie est consacrée :
Je vous devais mon sang; el quand je l'ai versé,
Puisqu'il coula pour vous^ je fus récompensé.
Mon père avait joui de quelque reiioiiimée,
Mes yeux l'ont vu mourir commandant votre armée :
Il a laissé, madame, à son malht^ureux fils
Des exemples frappants, peut-être mal suivis.
Je n'ose aevant vous rappeler la mémoire
Des services d'un père et de sa faible gloire,
Qu'afin d'obtenir grâce à vos sacrés genoux
Pour un fils téméraire, et coupable envers vous,
Qui, de ses vœux hardis écoutant l'imprudence.
Craint, même en vous servant, de vous faire une offense. SÉMIRAMIS. Vous, m'offenser qui, vous' ah! ne le craignez pas. arzace. Vous donnez votre main, vous donnez vos Etats.
Sur ces grands intérêts, sur ce choix que vous faites.
Mon cœur doit renfermer ses plaintes indiscrètes :
Je dois dans le silence, et le front prosterné,
Attendre avec cent rois qu'un roi nous soit donné.
Mais d'Assur hautement le triomphe s'apprête ;
D'un pas audacieux il marche à sa conquéle,
Le peuple nomme Assur; il est de voire sang;
Puisse-'--il mériter et son nom et son rang !
Mais enfin je me sens l'âme trop élevée
Pour adorer ici la main que j'ai bravée,
Pour me voir écrasé de son orgueil jaloux.
Souffrez que loin de lui, maigre moi, loin de VOUS,
Je relouineaux climats où je vous ai servie.
J'y suis assez puissant contre sa tyrannie,
Si des bienfaits nouveaux dont josô me flatter... sÉMiRAMis. Ah ! que m avez-vousdii? vous, fuir ! vous mequitter?
Vous pourriez craindre Assur?
ABZACE. Non, ce cœur téinéraîro
Craint dans le monde entier votre seule colère.
Peut-être avez-vous su mes désirs orgueilleux :
Voire indignation peut confondre mes vœux.
Je tremble.
SÉMIRAMIS. Espérez tout ; je vous ferai connaître
(Ju'Assur en aucun temps ne sera votre maître. ARZACE. Eh! bien! je l'avouerai, mfs yeux avec horreur
De votre époux en lui verraient le successeur.
Mais s'il ne peut prétendre à ce grand hyménée,
Verra-t-on à ses lois Azéma destinée ?
Pardonnez à l'excès de ma présumption ;
Ne redoutez-vous point «a sourde ambition?
Jadis à Ninias Azéma fut unie ;
C est dans le même sang qu'Assur puisa la vie;
Je ne suis qu'un sujet, mais j'ose contre lui... SÉMIRAMIS. Des sujets tels que vous sont mon plus noble appui,
Je sais vos sentiments ; votre âim> peu comiiiune
Chérit Sémiramis, et non pas ma fortune.
Sur mes vrais intérêts vos yeux sont éclairés;
Je vous en fais l'arbitre, et vous les soutiendrez.
D'Assur etd'Azémaje romps l'intelligence;
J'ai prévu les dangers d'une telle alliance;
Je sais tous ses projets, ils seront confondus. ARZACE. Ah! puisque ainsi mes vœux sont par vous entendus.
Puisque vous avez lu dans le fond de mon ame... AZÉMA, arrive avec précipitation.
Reine, j'ose à vos pieds...
SÉMIRAMIS, relevant .^zema. Rassurez-vous^ madame:
Quel que soit mon époux, je vous garde en ces lieux
Un sort et des honneurs dignes de vos aïeux.
Destinée à mon fils, vous m'êtes toujours chère.
Et je vous vois encore avec des yeux de mère.
Placez-vous l'un et l'autre avec ceux que ma voix
A nommés pour témoins de mon auguste choix, A Arzace. IJue l'appui de l'État se range auprès du trône. SCÈNE VI. — Oroès.
(Le cabinet où était Sémiramis fait place à un grand salon magnifiquement orné. Plusieurs officiers, avec les marques de leurs dignités, sont sur des gradins. Un liùne est placé au milieu du salon. Les satrapes sont auprès du trône, le grandprètre entre avec les mages. 11 se place debout entre Assur et Arzace. La leine est au milieu avec Azéma et ses femmes. Des gardes occupent le fond du salon.)
Princes, mages, guerriers, soutiens de Babylone,
Par l'ordre de la reine en ces lieux rasseiiiblés.
Les décrets de nos dieux vous seront révélés :
Ils veillent sur l'empire ; et voici la journée
Qu'à de grands changements ils avaient destinée.
Quel que soit le monarque et quel que soit l'époux
Que la reine ait choisi pour l'élever sur nous.
C'est à nous d'obéir... J'apporte au nom des mages
Ce que je dois aux rois, des vœux et ôes hommages.
Des souhaits pour leur gloire, et surtout pour l'Eiat.
Puissent ces jour? nouveaux de grandeur et d'éclat
N'être jnmais chartgés en des jours de ténèbres.
Ni (4>s chants d'allégresse en des plaintes funèbres ! ÂZÉMA. Pontife, et vous, seigneur, on va nommer un roi:
Ce grand choix, quel qu'il soit, peut n'offenser que moi.
Mais je naquis sujette, et ',e le suis encore ;
Je m'abandonne aux soins dont la reine m'honore ;
Et, sans oser prévoir un sinistre avenir,
Je donne à ses sujets l'exemple d'obéir. ASSUR. Quoi qu'il puisse arriver, quoi que le- cieî décide;
Que le bien de l'État à ce grand jour préside.
Jurons tous par ce trône, et par Séaiiramis,
D'être à ce choix auguste aveuglément soumis,
D'obéir sans murmure au gré de sa justice. ABZACB. Je le jure; et ce bras armé pour son service,
Ce cœur à qui sa voix commande après les dieux,
Ce sang dans les combats répandu sous ses yeux,
Sont à mon nouveau maître avec le même zèle
Qui sans se démentir les anima pour elle. ORoÈs. De la reine et des dieux j'attends les volontés. sÉuiRAMis. 11 suffit; prenez place ; et vous, peuple, écoutez. {Elle s'assied sur le trône.)
Azéma, Assur, le grand-prêtre, Ârzace prennent leurs places; elle continue;
Si la terre, quinze ans de ma gloire occupée.
Révéra dans ma main le sceptre avec l'épée.
Dans cette même main qu'un usage jaloux
Destinait au fuseau sous les lois d un époux;
Si j'ai, de mes sujets surpassant l'espérance.
De cet empire heureux porté le poids immense,
Je vais le partager pour le mieux maintenir,
Pour étendre sa gloire aux siècles à venir.
Pour obéir aux dieux dont l'ordre irrévocable
Fléchit ce cœur allier si longtemps indomptable.
Ils m'ont ôlé mon fils : puissent-ils m'en donner
Qui, dignes de me suivreet de vous gouverner.
Marchant dans les sentiers que fraya mon courage.
Des grandeurs de mon règne éternisent l'ouvrage!
J'ai pu choisir, sans doute, entre des souverains;
Mais ceux dont les États entourent mes confins.
Ou sont mes ennemis, ou sont mes tributaires :
Mon sceptre n'est point fait pour leurs mains étrangères.
Et mes premiers sujets sont plus grands à mes yeux
Que tous ces rois vaincus par moi-môme ou par eux.
Bélus naquit sujet; s'il eut le diadème,
11 le dut à ce peuple, il le dut à lui-même.
J'ai par les mêmes droits le sceptre que je tiens.
Maîtresse d'un État plus vaste que les siens,
J'ai rangé sous vos lois vingt peuples de l'aurore.
Qu'au siècle de Bélus on ignorait encore.
Tout ce qu'il entreprit je le sus achever.
Ce qui fonde un État le peut seul conserver.
Il vous faut un héros digne d'un tel empire,
Digne de tels sujets, et, si j'ose le dire.
Digne de cette main qui va le couronner,
Et du cœur indompté que je vais lui donner.
J'ai consulté les lois, les maîtres du tonnerre,
L'inlerôt de l'État, l'intérêt do la terre :
Je fais le bien du monde en nomman' un époux.
AdorczTle héros qui va régner sur vous;
"Voyez revivre en lui les piincos de ma race.
Ce héios, cet époux, ce monarque est Arzace.
{EHtf descend du trône, et tout le monde se Iccc.)
AZÉMA. Arzacc! ô perfidie !
AssuR. 0 vengeance! ô lureurs!
ARZACE, à Azéma. Ah! croyez.^.
OROES. Juste ciel ! écartez ces horreurs ! SÉMiRAMis, avançant sur la scène et s'aJressant aux marjes. Vous qui sanctifiez de si pures tendresses, Venez sur les auiels garantir nos promesses ; Ninus elN'inias vous sont rendus en lui.
(Le tonnerre gronde, et le tovibeau paraît s'-êbranler.) Ciel, qu'esl-ce que j'entends?
oROÈs. Dieux! soyez notre appui SÉMIRAMIS. Le ciel tonne sur nous : est-ce faveur, ou haine? Grâce, dieux tout-puissanis ! qu'Arzace me l'obtienne. Quels funèbres accents redoublent mes terreurs! La tombe s'est ouverte : il parait... Ciel !... je meurs... (L'ombre de Ninus sort de son tombeau.) ASSCR. L'ombre de Ninus niêaiel 6 dieux! est-il possible. ARZACE. Eh bien! qu'ordonnes-tu? parle-nous, dieu terrible. ASSUR. Parle.
sÉMRAMis. Veux-tu me perdre? ou veux-tu pardonner? C'est ton sceptre et ton lit que je viens de donner; Juge si ce héros est digne aeta place. Prononce; j'y consens,
l'ombre, à Arzace. Tu régneras, Arzace; Mais il est des forfaits que tu dois expier. Dans ma tombe, à ma cendre il faut sacriGer. Sers et mon fils et moi ; souviens-loi de ton père : Écoute le pontife.
ARZACE. Ombre que je révère.
Demi-dieu dont l'esprit anime ces climats. Ton aspect m'encourage et ne m'étonne pas. Oui^ j'irai dans ta tombe au péril de ma vie. Achevé; que veux-tu que ma main sacrifie? (L'Ombre retourne de son estrade à la porte du tombeau.) Il s'éloigne, il nous fuit !
SÉMIRAMIS, Ombre de mon époux.
Permets qu'en ce tombeau j'embrasse tes genoux. Que mes regrets...
l'ombre, à la porte du tombeau. Arrête, et respecte ma cendre; Quand il en sera temps, je t'y ferai descendre.
(Le spectre rentre, et le mausolée se referme. ASSUR. Quel horrible prodige!
SÉMIRAMIS. 0 peuples, suivez-moi; Venez tous dans ce temple, et calmez votre effroi. Les mânes de Ninus ne sont point implacables ; S'ils protègent Arzace, ilsme sont favorables ! C'est le ciel qui m'inspire et qui vous donne un roi ; Venez tous l'implorer pour Arzace et pour moi.