‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 195 sur 284 · SCÈNE VIII. — Le GRAND-PRÊTRE OrOÈS , LES MaGES ET LE PEUPLE, NiXIAS · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII. — Le GRAND-PRÊTRE OrOÈS , LES MaGES ET LE PEUPLE, NiXIAS

AzÉMA, AssvR. désarmé , Mitrane, Otane.

OTANE. Il n'en est pas besoin ; j'ai fait saisir le traître Lorsque dans ce lieu saint il allait pénélrer : l.areinel'ordonna ; je viens vous le livrer. NiNiAS. Qu'ai-je fait? et quelle est la victime immolée? OROÈs. Le ciel est satisfait ; la vengeance est comblée. (En montrant Assur. ] Peuples, de votre roi voilà l'empoisonneur;

(En montrant Ninias.) Peuples, de votre roi voilà le successeur. Je viens vous l'annoncer; je viens le reconnaître; Revoyez Ninias, et servez votre maître.

ASSUR. Toi Ninias?

OROÈs. Lui-même : un dieu qui l'a conduit Le sauva de ta rage, et ce dieu te poursuit. AS8UR. Toi, de Sémiramis tu reçus la naissance ? NiMAS. Oui ; mais pour le punir j'ai reçu sa puissance. Allez, délivrez-moi de ce monstre inhumain : Il ne méritait pas de tomber sous ma main. Qu'il meure dans l'opprobre, et non de mon épéc; Et qu'on rende au trépas ma victime échappée. (Sémiramis parait au pied du tombeau, mourante; un mage , qui est b cette porte,

la relève.)

ASSUR. Va : mon plus grand supplice est de te voir mon roi ; Apercevant Sémiramis.

Mais je te laisse encor plus malheureux que moi : Regarde ce tombeau, contemple ton ouvrage. NINIAS. (hiellc victime, ô ciel, a donc frappé ma rage? AZÉMA. Àh! fuyez, cher époux!

METHANE. Qu'avez-vous fait ?

OROÈS, se mettant entre le tombeau et Ninias. Sortez; Venez purifier vos bras ensanglantés; Remettez dans mes mains ce glaive trop funeste, Cet aveugle instrument de la fureur céleste.

NiNFAS, courant vers Sihnirnmis.

Ail ! cruels, lai^^sez-moi leplonsor dans mon cœur. onoÉs, tandis qu'on le drsarmc.

Gardez de le laisser à sa propre fureur. SKMiiiA.Mis, qu'on fuit avancer, et qu'on place sur tin faulexiil.

Viens me venger, mon fils : un monstre sanguinaire^

Un UoUre, un sacrilège, assa-sinc la niere. MMAS. 0 jour de la lerrcur! ô crin, es inouïs!

Ce sacrilège affreux, ce monstre, est \otre fils.

Au sein qui m'a nourri celte main s'est plongée :

Je vous suis dans la tombe, et vous serez vengée. sÉMiuAMi?. Ilélas ! j'y descendis pour défendre tes jours.

Ta malheureuse mère allait à ton secours...

J'ai reçu de tes mains la rnort qui m'était due. MMAS. Ah! c'est le dernier trait à mon âme éperdue.

J'atteste ici les dieux qui conduisaient mon bras,

Ces dieux qui m'égaraient...

sÉMiKAMis. Mon Gis, n'achève pas :

Je te pardonne tout, si, pour grâce dernière.

Une si chère main ferme au moins ma paupière. {îl se jette à genoux.)

Viens, je te le demande, au nom du même sang

Qui fa donné la vie et qui sort de mon flanc.

Ton cœur n'a pas sur moi conduit ta main cruelle.

Quand Ninus expira, j'étais plus criminelle :

J'en suis assez punie. 11 est donc des forfaits

Que le courroux des dieux ne pardonne jamais!

Kinias, Azéma, que votre hymen efface

L'opprobre dont mon crime a souillé votre race;

D'une mère expirante approchez-vous tous deux;

Donnez-moi voire main; \ivez, régnez heureux :

Cet espoir me console, il mêle quelque joie

Aux horreurs de la mort où rnon âme est en proie.

Je la sens... elle vient... songe à Sémiramis,

Ne hais point sa mémoire ; ô mon fils ! mon cher fils...

C'en est fait.

ORcÈs. La lumière à ses yeux e?X ravie.

Secourez Ninias, prenez soin de sa vie.

Par ce terrible exemple apprenez tous du moins

Que les crimes secrets ont les dieux pour témoins.

Plus le coupable est grand, plus grand est le supplice,

Rois, tremblez sur le trône, et craignez leur jusiice.

FIN DE SEMinAMIS.

Page 1