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SCÈNE II. — Sémiramis, Azéma

AZÉMA. Madame, pardonnez si, sans ôtre appelée, De mortelles frayeurs trop justement troublée, Je viens avec transport embrasser vos genoux, SKMiRAWis. Ail! princesse, parlez, que me demandez-vous? AZKMA. D arracher un héros au coup qui le menace.

De prévenir le crime, et de sauver Arzace. SÉMIRAMIS. Arsace? lui : quel crime?

AZÉMA. Il devient votre éponx:

Il me trahit, n'importe, il doit vivre pour vous. SÉMIRAMIS. Lui mon époux? grands dieux !

AZÉMA. Quoi ! l'hymen qui vous lie...

SÉMIRAMIS. Cet hymen est affreux, abominable, impie. Arzace ! il est... parlez ; je frissonne ; achevez : Quels dangers...? hâtez-vous...

AZÉMA. Madame, vous savez Que peut-être au moment que ma voix vous implore... SÉMIRAMIS. Eh bien ?

AZÉMA. Ce demi-dieu, que je redoute encore, D'un secret sacrifice en doit être honoré Au fond du labyrinthe à N'inus consacré. ^J'ignore quels forfaits il faut qu'Arzace expie. SÉMIRAMIS. Quels forfaits, justes dieux !

AZÉMA. Cet Assur, cet impie, V a violer la tombe ou nul n est introduit. SÉMIRAMIS. Qui? lui?

AZÉMA. Dans les horreurs de la profonde nuit,

Des souterrains secrets, où sa fureur habile

A tout événement se creusait un asile,

Ont servi les desseins de ce monstre odieux;

Il vient braver les morts^ il vient braver les dieux ;

D'une main sacrilège, aux forfaits enhardie,

Du généreux Arzace il va trancher la vie. SÉMIRAMIS. Ociel! qui vous l'a dit? comment? par quel détour? AZÉMA. Fiez-vous à mon cœur éclairé par l'amour;

J'ai vu du traK-re Assur la haine envenimée;

Sa faction tremblante, et par lui ranimée,

Ses amis rassemblés, qu'a séduits sa fureur.

De ses desseins secrets j'ai démêlé l'horreur.

J'ai feint de réunir nos causes mutuelles;

Je l'ai fait épier par des regards fidèles :

Il ne commet qu'à lui ce^meurtre détesté.

Il marche au sacrilège avec impunité.

Sûr que dans ce lieu saint nul n'osera paraître,

Que l'accès en est même interdit au grand-prêtre

Il y vole : et le bruit par ses soins se répand

Qu'Arzace est la victime, et que la mort l'attend ;

Que Ninus dans son sang doit laver son injure.

On parle au peuple, aux grands, on s'assemble, on murmure

Je crains Ninus, Assur, et le ciel en courroux. SÉMIRAMIS. Eh bien! chère Azéma, ce ciel parle par vous.

11 me suffit. Je vois ce qui me reste à faire.

On peut s'en reposer sur le cœur d'une mère.

Ma fille, nos destins à la fois sont remplis ;

Défendez votre époux : je vais sauver mon' fils,

AZÉMA. Ciel!

sÉMiRAMis. Prête à l'épouser, les dieux m'ont éclairée; Ils inspirent encore une mère éplorée ; Mais les moments sont chers. Laissez-moi dans ces lieux ; Ordonnez en mon nom que les prêtres des dieux, Que les chefs de l'État viennent ici se rendre. (Azcma passe dans le vestibule du temple; Sémiramis, de l'autrç côté, s'av3DCe

vers le mausolée.) Ombre de mon époux, je vais venger ta cendre. Voici l'instant fatal où ta voix m'a promis Que l'accès de ta tombe allait m'être permis : •l'obéirai ; mes mains, qui guidaient des armées. Pour secourir mon fils, à ta voix sont armées. Venez, gardes du trône, accourez à ma voix ; D'Arzace désormais reconnaissez les lois : Arzace est ^ otre roi ; vous n'avez plus de reine j Je dépose en ses mains la grandeur souveraine. Soyez ses défenseurs, ainsi que ses sujets. Allez

{Les gardes se rangent au fond de la sœne.) Dieux tout-puissants, secondez mes projets. {Elle entre dans le tombeau.) SCËNE m. — AzÉMA , revenant de la porte du temple sur le devant de la scène. Que méditait la reine? et quel dessein l'anime? A-t-elle encor le temps de prévenir le crime? 0 prodige, ô destin que je ne conçois pas l Moment cher et terrible! Arzace, Ninias! Arbitres des humains, puissances que j'adore, • Me l'avez-vous rendu pour le ravir encore?

SCÈNE IV. — AzÉMA, Arzace ou Ninias, AZÉMA. Ah ! cher prince, arrêtez. Ninias, est-ce vous?

Vous, le fils de Ninus, mon maître et mon époux? NiNus. Ah ! vous me revoyez confus de me connaître.

Je suis du sang des dieux, et je frémis d'en être.

Écartez ces horreurs qui m'ont environné,

Fortifiez ce cœur au trouble abandonné,

Kncouragez ce bras prêt à venger un père. AZÉMA Gardez-vous de remplir cet affreux ministère. NINIAS. Je dois un sacrifice, il le faut, j'obéis. AZÉMA. Non, Ninus ne veut pas qu'on immole son fils. NINIAS. Comment!

AZÉMA. Vous n'irez point dans ce lieu redoutable,

Un traître y tend pour vous un piège inévitable. NINIAS. Qui peut me retenir? et qui peut m' effrayer? AZÉMA. C'est vous que dans la tombe on va sacrifier,

Assur, l'indigne Assur a d'un pas sacrilège

Violé du tombeau ie divin privilège :

Il vous attend.

NINIAS. Grands dieux! tout est donc éclairci.

Mon cœur est rassuré, la victime est ici.

Mon pèie, empoisonné par ce monstre perfide.

Demande a haute voix le sang du parricide.

Instruit parle grand-prêtre, et conduit par le ciel^

Par Ninus môme armé contre le criminel,

Je n'aurai qu'à frapper la victime funeste

Qu'amène à mon courroux la justice céleste.

je VOIS trop que ma main, dans ce fatal momeDt^

p*un pouvoir invincible est l'aveugle instrument. Les dieux seuls ont tout fait, et mon âme étonnée b abandonne a la voix qui fait ma destinée Je VOIS que, malgré nous, tous nos pas sont marqués: Je vois que des enfers ces mânes évoqués Sur le chemin du trône ont semé les miracles • J obéis sans risn craindre, et j'en crois les oracles. AZEMA. Tout ce qa ont fait les dieux ne m'apprend au'à frémir*

Ils ont aimé Ninus, ils l'ont laissé périr. ^

Ni.MAS. Ils le vengent enfin : étouffez ce murmure AZEMA. ils choisissent souvent une victime pure • ' Le sang de l'innocence a coulé sous leurs coups NiNiAS. Puisqu'ils nous ont unis, ils combattent pour nous Le sont eux qui parlaient par la voix de mon père lis me rendent un trône, une épouse, une mèrett, couvert a vos yeux du sang du criminel, ' Ils vent de ce tombeau me conduire à l'autel. J obeis, c'est assez, le ciel fera le reste.

SCÈNE V. — AzÉMA, seule.] Dieux, veillez sur ses pas dans ce tombeau funeste Uue voulez-%ous? qaei sang doit aujourd'hui couler l Impénétrables dieux, vous me faites trembler. Je crains Assur, je crains cette main sant^uinaire • Il peut percer le fils s:jr la cendre du père '

Abîmes redoutés, dontNinusest sorti.

Dans vos antres profonds que ce monstre englouti Porte au sein des enfers la fureur qui le presse • Cieux, tonnez cieux, lancez la foudre vengeresse» 0 son père ! o Ninus : quoi ! tu nas pas permis ' Uu une épouse eplorée accompaanâi ton fils' Ninus, combats pour lui dans ce'lieu de ténèbres I rs entends-je pas sa voix parmi des cris funèbres » Dut ce sacré tombeau, profané par mes pas Ouvrir pour me punir les gouflres du trépas J y descendrai j'y vole. Ah ! quels coups de tonnerre Ont enflamme le ciel et font trembler la terre» Je crains, j'espère... il vient,

SCÈNE VI. - Nlmas, une épée sanglante à la main, Azéma. NiA'iAs. Ciel ! où suis-je.

Vous êtes teint de sang, pâle, glacé d'hoSur.^*" ' '"'^"'"'''

Ni.MAS, d'un air égaré Vous me voyez couver; du sang du parricide Au fond de ce tombeau mon pero était mon guide J errais dans les détours de ce grand monument ' Plein de respect, d horreur et de saisissement • U marchait devant moi : j'ai reconnu la place ' gue son ombre en courroux marquait à mon audace. Auprès dune colonne, et loin de la clarté C'ui suffisait à peice à ce lieu redouté J ai vu briller le fer dans la main du perfide • J ai cru le voir trembler : tout coupable est timide. J ai deux fois dans son flanc plongé ce fer vengeur Et d un bras tout sanglant, qu'animait ma fureur ' Deja je le traln?;s roulant sur la poussièi-e *

Vers lesheux d'où partait cette faibie lumière- Mais, je vous 1 avouerai, ses sanglots redoublés Ses cris plaintifs et sourds, et mal articulé*,

Les dieux qu'il invoquait, et le repentir même Qui semblait le saisir à son heure suprême; La sainteté du lieu ; la pitié, dont la voix, Alors qu'on est vengé fait entendre ses lois ; Un sentiment confus, qui môme m'épouvante. M'ont fait abandonner la victime sanglante. Azéma, quel est donc ce trouble, cet effroi. Cette invincible horreur qui s'empare de moi? Mon cœur est pur, ô dieux ! mes mains sont innocentes D'un sang proscrit par vous vous les voyez fumantes. Quoi! j'ai servi le ciel, et je sens des remords! AZÉMA. Vous avez satisfait la nature et les morts. Quittons ce lieu terrible, allons vers voire mère, Calmez à ses genoux ce trouble involontaire : Et puisqu'Assur n'est plus...

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