‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 202 sur 284 · SCENE I. — LE COMTE d'Olban, Marin · texte numérisé non relu

SCENE I. — LE COMTE d'Olban, Marin

LE COMTE. Ah! cette nuit est une année entière. Que le sommeil est loin de ma paupière! Tout dort ici; Nanine dort en paix; Un doux repos rafraîchit ses attraits : Et moi, je vais, je cours; je veux écrire. Je n'écris rien; vainement je veux lire, Mon œil troublé voit les mots sans les voir. Et mon esprit ne les peut concevoir :

Dans chaque mot, le seul nom de Nanine Est imprimé par une main divine.

Holà! quelqu'un! qu'on vienne. Quoi! mes gens Sont-ils pas las de dormir si longtemps? Germon! Marin !

MARIN, derrière le théâtre. J'accours.

LE COMTE. Quelle paresse!

Eh ! venez vite; il fait jour; le temps presse : Arrivez donc.

MARIN. Eh! Monsieur, quel lutin Vous a sans nous éveillé si matin ?

LE COMTE. L'amour,

MARIN. Oh! oh! la baronne de l'Orme Ne permet pas qu'en ce logis on dorme. Qu'ordonnez-vous?

LE COMTE. Je veux, mon cher Marin, Je veux avoir, au plus tard pour demain. Six chevaux neufs, un nouvel équipage, Femme de chambre adroite, bonne, et sage, Valet de chambre avec deux grands laquais. Point liherlins, qui soient jeunes, bien faits; Des diamants, des boucles des plus belles. Des bijoux d'or, des étoffes nouvelles.

Pars dans l'instant, cours en poste à Paris; Crève tous les chevaux.

MARIN. Vous voilà pris :

J'entends, j'entends ; madame la baronne Est la maîtresse aujourd'hui qu'on nous donne; Vous l'épousez?

LE COMTE. Quel que soit mon projet.

Vole, et reviens.

MARIN. Vous serez satisfait.

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