ACTE TROISIÈME
SCENE I. — Nani.ne, vêtue en paysanne, Germon. GERMON. Nous pleurons tous en vous voyant sortir. >'A.M.NE. J'ai tardé trop ; il est temps de partir.
GERMON. Quoi ! pour jamais, et dans cet équipage? NANiNE. L'obscurité fut mon premier partage. GERMON. Quel changement! Quoi ! du matin au soir...
Souffrir n'est rien ; c'est tout que de déchoir. NAMNE. Il est des maux mille fois plus sensibles. GERMON. J'admire encor des regrets si paisibles.
Certes, mon maître est bien mal avisé ;
Notre baronne a sansdoiito abusé
De son pouvoir, et vous fait cet outrage :
Jamais monsieur n'aurait eu ce courage.
^ANINE. Je lui dois tout -. il me chasse aujourd'hui ;
Obéissons. Sesbjenfaitssont à lui;
Il peut user du droit de les reprendre. GERMON. A ce trait-là qui diable eût pu s'attendre?
En cet état quallez-vous devenir?
NAMNE. Me retirer, longtemps me repentir. GERMON. Que nous allons haïr notre baronne! NAMNE. Mes maux sont grands, mais je les lui pardonnp, GERMON. Mais que dirai-je au moins de votre part
A notre maître, après votre départ?
KANiNE. Vous lui direz que je le remercie
Qu'il m'ait rendue à ma première vie.
Et qu'à j-amais sen-sible à ses bontés
Je n'oublierai rien que ses cruautés.
GERMON. Vous me fendez le cœur, et tout-à-l'heure
Je quitterais pour vous cette demeurpj;
J'irais partout avec vous m'établir :
Mais monsieur Biaise a su nous prévenir ;
Qu'il est heureux ! avec vous il va vivre :
Chacun voudrait l'imiter, et vous suivre. NANiNE. On est bien loin de me suivre... A|i| Germon!
Je suis chassée... et par qui!...
GERMON. Le démon
A mis du sien dans cette brouillerie :
Nous vous perdons... et monsieur se marie NANINE. Il se marie!., Ah! partons de ce lieu :
Il fut pour moi trop dangereux... Adieu... (Elle sort). GERMON. Monsieur le comte a l'âme un peu bien dure ".
Comment chasser pareille créature !
Elle parait une fille de bien :
Mais il ne faut pourtant jurer de rien.