‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 214 sur 284 · SCÈNE in. — LE Comte · texte numérisé non relu

SCÈNE in. — LE Comte

Hélas! il a raison; II prononçait ma condamnation ; Et moi, du coup qui m'a pénétré l'ame Je me punis ; la baronne est ma femme : Il le faut bien, le sort en est jeté. Je souffrirai, je l'ai bien mérité.

Ce mariage est au moins convenable.

Noire baronne a l'humeur peu traitable ;

Riais, quand on veut, on sait donner ialoi.

Un esprit ferme est le maître chez soi.

SCÈNE IV. — LE Comte, la Baronne, la Marquise, LA MARQUISE, Of çà, nion fils, vous épousez madame? lE COMTE. Eh ! oui.

LA MARQUISE. Ce soif elle est donc votre femme?

Elle est ma bru?

LA BARONNE. Si VOUS le tfouvez bon :

J'aurai, je crois, votre approbation.

lA MARQUISE Allons, allons, il faut bien y souscrire;

Mais des demain chez moi je me retire. LE COMTE. Vous retirer! eh ! ma mère, pourquoi? LA MARQUISE. J'emmènerai ma Nanine avec moi.

Vous la chassez, et moi je la marie ;

Je fais la noce en mon château de Brie;

Et je la donne au jeune sénéchal,

Propre neveu du procureur fiscal,

Jean Roc Souci : c'est lui de qui le père

Eut à Corbeil cette plaisante affaire.

De cette enfant je ne puis me passer ;

C'est un bijou que je veux enchâsser.

Je vais la marier.... Adieu.

LE COMTE. Ma mère.

Ne soyez pas contre nous en colère ;

Laissez Nanime aller dans le couvent ;

Ne changez rien à notre arrangement.

LA BARONNE. Oui, croyez-nous, madame, une famille

Ne se doit point charger de telle fille. LA MARQUISE. Comment? quoi donc?

LA BARONNE. Peu de chose.

LA MARQUISE. Mais...

LA BARONNE. Rien.

LA MARQUISE. Rien, c'est beaucoup. J'entends, j'entends fort bien. Aurait-elle eu quelque tendre folie?

Cela se peut, car elle est si jolie ? Je m'y connais ; on lente, on est tenté : Le cœur a bien de la fragilité ; Les filles sont toujours un peu coquettes : Le mal n'est pas si grand que vous le faites. Çà, contez-moi sans nul déguisement "rout ce qu'a fait notre charmante enfant. LE COMTE. Moi, vous conter?

LA MARQUISE. Vous avez bien la mine D'avoir au fond quelque goût pour Nanine ; El vous pourriez...

SCÈNE V. — LE Comte, la Marquise, la Baronne, Marin, en bollcs. MARIN. Enfin tout est bâclé.

Tout est fini.

LA MARQUISE. Quoi ?

la baronne. Qu'est-ce ?

MARIN. J'ai parlé A nos marchands ; j'ai biep. fait mon message ; Et vous aurez demain tout l'équipage.

L\ BARONNE. Qucl équipage ?

MARIN. Oui, tout ce que pour voua A commandé votre futur époux ;

Si\ Leaux clie\aiix : et vous serez coruentc

I>e la berline ; elle esL bonne cl brilidiite .

Tous les panneaux par Martin sont vernis

Les diamants sont Ijeanx, très bitMi choisis ;

Et vous verrez des étoffes nou^ elles

D'un goût charmant.... oh ! nen n'approche d'elles. LA BARO.N.NE, OU Comte. Vous avez donc commandé tout cela ? Lt COMTE, à part. Oui... mais pour qui !

v^ MARIN. Le tout arrivera.

Demain matin dans ce nouveau carrosse,

Et sera prêt le soir pour voire noce.

Vive Paris pour avoir sur-le-champ

Tout ce qu on veut, quand on a de l'argent !

En revenant, j'ai revu le notaire,

Tout prêt d'ici, griffonnant votre affaire. lA BARONNE. Ce mariage a traîné bien longtemps. LA MARQUISE, à part. Ah ! je voudrais qu'il traînât quarante ans. MAiiiN. Dans ce salon j'ai l^ou^ é toul-a-l'heure

Un bon vieillard, qui gémit et qui pleure ;

Depuis longtemps il voudrait vous parler. LA BAKO.NNE. Quel importuD ! qu'on le fasse en aller;

Il prend trop mal son temps.

LA MARQUISE. PourquoI, madame?

Mon fils, ayez un peu de bonté d'ame,

El, croyez-moi, c'est un mal des plus grands

De rebuter ainsi les pauvres gens :

Je vous ai dit cent fois dans votre enfance

Qu'il faut pour eux avoir de lindulgence.

Les écouter d'un air affable et doux.

Ne sont-ils pas hommes tout comme nous ?

On ne sail pas à qui l'on fait injure ;

On se repent d'avoir eu l'àme dure.

Les orgueilleux ne prospèrent jamais.

À Marin. Allez chercher ce bon-homme.

MARIN. J'y vais. (Il sort.) LE COMTE. Pardon, ma mère ; il a fallu vous rendre

Mes premiers soins; et je suis prêt d'entendre

Cet homme-là malgré mon embarras.

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