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SCÈNE in. — Clytemnestre, Èlectbe, Iimiise

CLTTKMNESTnE. Allez; que l'on me laisse en ces lieux rdiréi :

Pamniènc, éloignez-vous; mes filles, demeurez. iPiiisE. Ilelas! ce nom sacré dissipe mes alarmes. KI.ECTRE. Ce nom, jadis si saint, redouble encor mes larmes. CLYTi.MNF.STRE. J'ai voulu sur mon sort et sur vos intérêts

Vous dévoiler enfin mes sentiments secrets.

Je rends grâce au destins, dont la rigueur utile

De mon second époux rendit l'hymen siérile,

Et qui n'a pas formé dans ce funeste liane

Un sang que j'aurais vu l'en nemi de mon sang.

Peut-être que je touche aux bornes de ma vie ;

Et les chagrins secrets dont je fus poursuivie,

Dont toujours à vos yeux j'ai dérobé le cours.

Pourront précipiter le terme de mesjiiurs.

Ries filles devant moi ne sont point étrangères;

Même en dépit d'Égisthe elles m'ont été chères :

Je n'ai point étouffé mes premiers sentiments;

Et, malgré la fureur de ses emportements,

Electre, dont l'enfance a consolé sa mère

Du sort d'Iphigénie et des vigueurs d'un père,

Electre qui m'outrage, et qui brave mes lois.

Dans le fond de mon cœur n'a point perdu ses droits. ELECTRE. Qui! vous, madame, ô ciel! vous m'aimeriez encore?

(juoi! vous n'oubliez point ce sang qu'on déshonore?

Ah ! si vous conservez des sentiments si chers.

Observez cette tombe, et regardez mes fers. CLYTEMNESTRE. Vous me faites frémir . votre esprit indexible

Se plaît à m'accabler d'un souvenir horrible ;

Vous portez le poignard dans ce cœur agité ;

Vous frappez une mère, et je l'ai mérité. ELECTRE. Eh bien ! vous désarmez une fille éperdue.

La nature en mon cœur est toujours entendue.

Ma mère, s'il le faut, je condamne à vos pieds

Ces reproches sanglants trop longtemps essuyés.

Aux fers de mon tyran par vous-même livrée,

D'Egisthe dans mon cœur je vous ai séparée.

Ce sang que je vous dois ne saurait se trahir :

J'ai pleuré sur ma mère, et n'ai pu vous hair.

Ah ! si le ciel enfin vous parle et vous éclaire,

S'il vous donne en secret un remords salutaire.

Ne le repoussez pas; laissez-vous pénétrer

A la secrète voix qui vous daigne inspirer;

Détachez vos destins des deslins d'un perfide;

Livrez-vous tout entière à ce dieu qui vous guide;

Api^elez votre (ils; qu il revienne en ces lieux

Reprendre de vos mains le rang de ses aïeux,

Qu'.il punisse un tyran, qu'il règne, qu'il vous aime,

Qu'il venge Agameinnon, ses filles, et vous-même;

Faites venir Oreste.

CLYÏKMM'.STRE, Èlectî'e, Icvez-vous;

Ne parlez point d'Oreste, et craignez mon époux.

J'ai i)laiiit les fers honteux dont vous êtes chargée,

Mais d uu maître absolu la puissance outragée

Ne pouvait épargner qui ne l'épargne pas :

Et vous l'avez forcé d'appesantir son bras.

Moi-même, qui nie vois sa première sujette,

Moi, qu'offensa toujours votre plainte mdiscrète.

Qui tant de fois pour vous ai voulu le fléchir.

Je l'irrilais encore au lieu de l'adoucir-

N'imputez qu'à vous ser.le un affront qui m'outrage;

Pliez à voire élal ce superbe courage;

Apprenez d'une sœor comme il faut s'affliger,

Coumie on cède au destin, quand on veut le changer.

Je voudrais dans le sein de ma famille entière

Finir un jour en p;ux ma fatale carrière;

L'ais, si \ous vous hàlez, «i vos soins imprudents

Appellent en ces lieux Oreste avant le temps,

Si d Egisthe jamais il affronte la vue,

Vous hasardez sa vie,, et vous êtes perdue;

Et malgré la pitié dont mes sens sont atteints.

Je dois à mon époux plus qu'au fils que je crains. ÉLF-CTRE. Lui, voire époux '^ ôciel! lui, ce monstre? Ah ! ma mère.

Est-ce ainsi qu'en effet vous plaignez ma misère?

A quoi vous sert, hélas! ce remords passager?

Ce sentiment si tendre étaii-il éirangor:'

Vous menacez Electre, et voire fils lui-môme! A Iphise. iMa sœur! et c'est ainsi qu'une mère nous aime! A Clytemnestre. Vous menacez Oreste...? Hélas! ioin d'espérer

Qu'un frère malheureux nous vienne délivrer,

J'ignore si le ciel a conservé sa vie:

J'ignore si ce maître abominable, impie^

Votre époux, puisqu'ainsi vous l'osez appeler.

Ne s'est pas en secret hâté de l'immoler. iPijisE. Madame, croyez-nous; je jure, j'en atteste

Les dieux dont nous sortons, et la mère d Oreste,

Que, loin de l'appeler dans ce séjour de mort,

Nos yeux, nos tristes yeux sont fermés sur son sort.

Ma mère, ayez pitié de vos filles tremblantes.

De ce fils malheureux, de ses sœurs gémissantes;

N'affligez plus Electre •. on peut à ses douleurs

Pardonner le reproche, et permettre les pleurs. ÉLKCTRE, Loin de leur pardonner, on nous défend la plainte ;

Quand je parle d'Oresle, on redouble ma crainte.

Je connais trop Égisthe et sa férocité ;

Et mon frère est perdu puisqu'il est redouté. CLYTEMNESTRE Voirp frère est vivant, roprenrz l'espérance;

Mais s'il est en danger, c'est par votre imprudence.

Modérez vos fureurs, et sachez aujourd'hui,

Plus humble en vos chagrins, respecter mon ennui.

Vous pensez que je viens, heureuse et triomphante,

Conduire dans la joie une pompe éclatante :

Electre, celte f(Me est un jour de douleur;

Vous pleurez dans les fers, et moi, dans ma grandeur.

Je sais quels vœux forma votre haine insensée.

N'imp!ore7 pins les dieux ; ils vous ont exaucéî- Laissez-moi respirer.

FCÈNE IV. — Clytemnestre.

L'aspect de mes enfants Dans mon cœur éperdu redouble mes tourments. Hyii;en ! fatal hymen ! crime longtemps pro>per6 ? Nœuds sanglants qu'ont formés le meurtre et l'adultère. Pompe jadis trop chère à mes \œux cgarps ! (,)uel est donc ce! etfroi dont vous me pénétrez? Mon bonheur est détruit, l'ivresse est dissipée ; Une lumière horrible en ces lieux m'a frappée. OuTgisthe est aveuglé, puisqu'il se croit heureux! Tran(|uille, il me coii Juii à ces funèbres jeux ; Il triomphe, et je sens succomber mon courage Pour la première fois je redoute un présage ; Je crains Argos, Electre, et ses lugubres cris, J.a Grèce, mes sujets, mon fils, mon propre fils. Ah ! quelle destinée, et quel affreux supplice Dp former de son sang ce qu'-H faut qu'on haïsse! De n'oser prononcer sans des troubles cruels Les noms les plus sacrés, les plus chers aux mortels I Je chassai de mon cœur la nature outragée; Je tremble au nom d'un fils -. la nature est vengée.

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