‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 220 sur 284 · SCÈNE V. — ÉgISTHE, CLYTnMNESTI.E · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — ÉgISTHE, CLYTnMNESTI.E

CI.YTEMNESTUE. Ah ! trop cfuel Èoisihe, où guidez-vous mes pas?

Pourquoi revoir ces lieux consacrés au trépas? ÉGISTHE. Quoi ! ces solennités qui vous étaient si chères.

Ces gages renaissanis de nos deslins prospères,

Deviendraient à vos yeux des objets de terreur!

Ce jour de notre hymen est-il un jour d'horreur?

CLTTEMNESTRE.

Non ; mais ce lieu peut-être est pour nous redoutable.

Ma famille y répand une horreur qui m'accable.

A des tourments nouveaux tous mes sens sont ouverts.

Iphise dans les pleurs, Electre dans les ters,

Du sang versé par nous cette demeure empreinte,

Oreste, Agamemnon, tout me remplit de crainte. ÉGISTHE. Laissez gémir Iphise: et vous ressouvenez

Qu'après tous nos affronts, trop longtemps pardonnes,

L'impétueuse Electre a mérité l'outrage

L'ont j'humilie enfin cet orgueilleux courage.

Jo la traîne enchaînée, et je ne prétends pas

Que de ses cris plaintifs alarmant mes États,"

Dans Argos désormais sa dangereuse audace

Ose des dieux sur nous rappeler lamenjce,

D Oreste aux mécontents promettre 'e retour.

On n'eu parle que trop , et depuis plus d'un jouf

Partout le nom d'Oreste a blessé mon oreille ;

Lt ma juste colère à ce bruit se réveille. CLYTEMNESTRE. Quel Hom prononcez-vuus ! tout mon cœur en frémit.

On prétend qu'en secret un oracle a prédit

Qu'un jour, en ce lieu même 5Û mon destin me guide,

Il porterait su~ nous une main parricide.

Pourquoi tenter les dieux? poarquoi vous présenter

Aux coups qu'il \ousfaut craindre et qu'on peut éviter? ÉGISTHE Ne craignez rien d'Oreste. Il est vrai qu'il respire ;

Mais, loin que dans le piège Oreste noue attir'*,

Lui-uiême à ma poursuite il ne peut échapper.

Déjà de toutes parts j'ai su l'envelopper.

Errant et poursuivi de rivage en rivage,

11 promène en tremblant son impuissante rage;

Aux forêts d'Épidaure il s'est enfin caché.

D'Épidaure en secret le roi m'est attaché.

Plus que vous ne pensez on prend notre défense,

CLYTEMNESTRE

Mais quoi, mon fils !

ÉGisTHE. Je sais quelle est sa violence ; Il est fier, implacable, aigri par son malheur; Digne du sang d'Alrée, il en a la fureur.

CLYTEMNESTRE

Ah! seigneur! elle est juste.

ÉGISTHE. Il faut la rendre vaine.

Vous savez qu'en secret j'ai fait partir Plistène :

Il est dans Épidaure.

CLYTEMNEsrnE. A quel dessein? pourquoi?

ÉGISTHE. Pour assurer mon trône et calmer votre effroi.

Oui, Plistène, .non fils, adopté par vous-même.

L'héritier de mon nom et de mon diadème,

Est trop intéressé, madame, à détourner

Des périls que toujours vous voulez soupçonner :

Il vous tient lieu de fils, n'en connaissez plus d'autre.

Vous savez, pour unir ma famille et la vôtre,

Qu'Electre eût pu prétendre à l'hymen de mon fils,

Si son cœur à vos lois eût été plus soumis.

Si vos soins avaient pu fléchir son caractère :

Mais je punis la sœur, et je cherche le frère ;

Plistène me seconde; en un mot, il vous sert.

Notre ennemi commun sans doute est découvert.

Vous fré.nissez, madame?

CLYTEMNESTRE. 0 nouvolles victimes!

Ne puis-je respirer qu'à force de grands crimes ?

Egisthe, vous savez qui j'ai privé du jour...

Le fils que j'ai nourri périrait à son tour !

Ah ! de mes jours usés le déplorable reste

Doit-il être acheté par un prix si funeste? ÉGISTHE. Songez...

CLYTEMNESTRE. Souffrez du moins quo j'iiTiplorc une fuis

Ce ciel, dont si longtemps j'ai méprisé les lois. ÉGISTHE. Voulez-vous qu'à mes vœux il molle des obslaclcj?

Qu'attendez-vous ici du ciel et des oracles?

Au jour de notre hymen furent-ils écoulés? CLYTEMNESTRE. Vous rappelez les temps dont ils sont irrilés.

De mon cœur étonné vous voyez le tumulte.

L'amour brava les dieux, la crainte les consulte.

N'insultez point, seigneur, à mes sens affaiblis.

Le temps, qui change tout, a changé mes esprits;

Et peut-être des dieux la main appesantie

Se plaît à subjuguer ma fierté démentie.

Je ne sens plus en moi ce courage emporté.

Qu'en ce palais sanglant j'avais trop écouté.

Ce n'est pas que pour vous mon amilié s'ailèro :

11 n'est point d'intérêt que mon cœur vous préfère ;

Mais une fille esclave, un fils abandonné.

Un fils mon ennemi, peut être assassiné,

Et qui, s'il est vivant, me condamne et m'abhorre;

L'idée en est horrible, et je suis mère encore. tGiSTiiU. Vous êtes mon épouse, et surtout vous régnez.

rappelez Cly(omno3(rc âmes veux iiuliirnô:?. Kcffulez-vous du sang le dangereux nuinnuro Pour des enfants ingrats qui bravent la nature? ^ enez : votre repos doit sur eux remporter. CLMEMNESTRE. Du fcpos danslecrlme! ah, qui peut s'en ûaller?

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