SCÈNE I. — Oreste, Pylade
ORESTE. Pylade, où sommes-nous? en quels lieux t'a conduit
Le malheur olistiné du destin qui me suit?
L'infortune d'Orcste environne ta vie.
Tout ce qu'a préparé ton amitié hardie,
Trésors, armes, soldats, a péri dans les mers.
Sanssecours avec loi jeté dans ces déserts.
Tu n'as plus qu'un ami dont le destin t'opprime.
Le ciel nous ravit tout, hors l'espoir qui m'animai
A peine as- tu caché sous ces rocs escarpés
Quelques tristes débris au naufrage échappés,
Connais-tu ce rivage où mon maltieur m'arrête ? PYLADE. J'ignore en quels climats nous jette la tempête;
Mais de notre destin pourquoi désespérer?
Tu vis, il me suffit; tout doit me rassurer.
Un dieu dans Épidaure a conservé ta vie,
Que le barbare Ègislhe a toujours poursuivie:
Dans ton premier combat il a conduit tes mains.
Plistène sous tes coups a fî'rii ses destins.
Marchons sous la faveur de ce dieu tutélaire,
Qui t'a livré le fils, qui t'a promis le père. ORKSTE. Je n'ai contre un tyran sur le trône affermi,
Dans ces lieux inconnus, qu'Oreste et mon ami. rvr.ADE. C'est assez; et du ciel je reconnais l'ouVrago.
11 nous a tout ravi par ce cruel naufrage.
Il ueut seul accomplir ses augustes desseins ;
Pour ce grand sacrifice il ne veut que nos mains.
Tantôt de trente rois il arme la vengeance;
Tantôt trompant la terre, et frappant en silence.
Il veut, en signalant son pouvoir oublié.
N'armer que la nature et la seule amitié. ORKSTE. Avec un tel secours bannissons nos alarmes;
Je n'aurai pas besoin de plus puissantes armes.
As-tu dans ces rochers qui défendent ces bords.
Où nous avons pris terre après de longs efforts.
As-tu caché du moins ces cendres dePlistène,
Ces dépôts, ces témoins de vengeance ol de haine.
Celte urne qui d'Égisthe a dû tromper les yeux ? PYLADE. Échappée au naufrage elle est près de ces lieux.
Mes mains avec cette urne ont caché celte épée
<)ui dans le sang troyen fut autrefois trempée ;
Ce fer d'Agamemnon qui doit venger sa mort.
Ce fer qu'on enleva, quand, par un coup du sort/
Des mains des assassins ton enfance sauvée.
Fut, loin des yeux d'Égisthe, en Phocide élevée.
L'anneau qui lui servait est encore en tes mains. onKSTK. Comment des dieux vengeurs accomplir les desseins?
Comment porter encore aux mânes de mon père (En montrant l'épée qu'il porte.)
Ce glaive qui frappa mon indigne adversaire ?
Mes pas étaient comptés par les ordres du ciel :
Lui-même a tout détruit : un naufrage cruel
Sur ces bords ignorés nous jelle à l'aventure.
Que! cliemin peut conduire à cette cour impure,
A ce Sf^jour de crime où j'ai reçu le jour ? PYLADE. Regarde ce palais, ce temple, celte tour,
Ce tombeau, ces cyprès, ce bois sombre et sauvage;
De deuil et de grandeur *oui olfre ici l'image.
Mais un mortelsavance en ces lieux retirés^
Triste, levant au ciel des yeux dé.-espérés ;
Il parait dans cet âge où l'huiiiaine prudence
Sans doute a des malheurs la longue expérience:
Sur ton malheureux sort il pourra s'attendrir. ORESTE II gémit: tout mortel est donc né pour souffrir.