SCÈNE VIII. — Electre, Clyte.mnestre
ELECTRE. Ah ! daignez m'écouter ; et si vous êtes mère,
Si j'ose rappeler vos premiers sentiments.
Pardonnez pour jamais mes vains emportements.
D'une douleur sans borne effet inévitable;
Hélas! dans les tourments la plainte est excusable.
Pour ces deux étrangers laissez-vous attendrir :
Peut-être que dans eux le ciel vous daigne offrir
La seule occasion d'expier des offenses
Dont vous avez tant craint les terribles vengeances;
Peut-être, en les sauvant, tout peut se réparer. clytemnestre. Quel intérêt pour eux vous peut donc inspirer? Electre. Vous voyez que les dieux ont respecté leur vie :
Us les ont arrachés à la mer en furie;
Le ciel vous les confie, et vous répondez d'eux.
L'un d'eux... si vous saviez.,, tous deux sont malheureux.
Sommes-nous dans Argos, ou Lien dans la Tauride,
Où de meurtres sacrés une prêtresse avide,
Du sang des étrangers fait fumer son autel?
Eh bien 1 pour les ravir tou"> deux au coup mortel.
Que faut-il? Ordonnez, j'épouserai Plislène;
Parlez, j^nibrasserai cette effroyable chaîne :
Ma mort suivra l'hymen ; mais je veux l'achever :
J'obéis, j'y consens.
CLYTEM^E8TRE. "Voulez-vous me braver?
Ou bien i.anorez-vous qu'une main ennemie
Du iiiallieiireux Pli.-lLMie a terminé la \ie? ELECTRE. C'uoi donc, le ciel est juste! Egisliie perd un fils? CLVïKMMSTRE. Dc joie à ce discours je vois vos sens saisis! ELECTRIC. Ah! dans le dcses|)oir où mon ânie se noie,
Mon cœur ne peut goûter une funeste joie;
Non, je n'insulte point au sort d'un malheureux,
Et le sang innocent n'est pas ce que je \eux.
Sauvez ces étrangers; mon âme intimidée
Ne voit point d'autre objet; et n'a point d'autre idée. CLYTEMNESTRE.VaJe t'enlonds trop bien ; tu m'as trop confirmé
Les soupçons dont Ègisthe était tant alarmé.
Ta bouche est de mon sort l'inlerprèie funesLe,
Tu n'en as que trop dit, l'un des deux eslOreste. ELECTRE. Eh bien! s'il étaii vrai, si le ciel l'eût permis...
Si dans vos mains, Madame, il mettait voire fils... CLVTEMNESTRE. 0 moment redouté! que faut-i^ que je fasse? ELECTRE. Quoi! VOUS hésiteriez à demander sa grâce!
Lui! votre fils! ôciel!.. quoi^ ses périls passés...
Il est mort ; c'en est fait, puisque vous balancez. CLYTEMNESTRE, Je ne balance point : va, ta fureur nouvelle
Ne peut même affaiblir ma boijté maternelle ;
Je le prends sous ma garde ; il pourra m'en punir...
Son nom seul me prépare un cruel avenir...
N'importe... Je suis mère, il suÊQi; inhumaine.
J'aime encor mes enfants... tu peux garder ta naine. ELECTRE. Non^ madame, à jamais je suis à vos genoux.
Ciel, enfin tes faveurs égalent ton courroux:
Tu veux changer les cœjrs, tu veux sauver mon frère,
Et, pour comble de biens, tu m'as rendu ma mère.