SCENE II. — Gen&is, Idamé, Octar, Osman, Gardée
iDAMÉ. Ah! seigoeur.
Tranchez les tristes jours d'une femme éperdue, j
Vous devez vous venger, je m'y suis attendue; .8
Mais, seigneur, épargnez un enfant innocent.
GENOIS. Rasurez-vous; sortez de cet effroi pressaat... '
Ma surprise, madame, est égale à la vôtre.... ;.<...;,-»
Le destin qui fait tout nous trompa l'un et l'autre. Irr iti(> Les temps sont bien changés : mais si l'ordre des cieuXA .euiv.'ïo D'un habitant du Nord, méprisable à vos yeux, -iln'rr ni r/riT A fait un conquérant sous qui tremble l'Asie, frt; son ©np
Ne craignez rien pour vous, votre empereur oublie-ni) î/iafliâ'/ Les affronts qu'en ces lieux essuya Témugin. ' ii.-.-nt; 'wO
J immole à ma victoire, à mon trône, au destin, Le dernier rejeton d'une race ennemie : '
Le repos de l'État me demande sa vie. t.* cijo/i
Il faut qu'entre mes mains ce dépôt soit livré. lo'iislH
Votre cœur sur un fils doit être rassuré ; y .'ji ■jaiioq /
Je le prends sous ma garde.
IDAMÉ A peine je respire.
CENGis. Mais de la vérité, madame, il faut m'instruire : Quel indigne artifice ose-t-on m'opposer ? - - - •■ -
De vous, de votre époux, qui prétend m' imposer? no-J-A .aïoKsa
IDAMÉ. Ah! des infortunés épargnez la misère. ' - .>-i„>
GENOIS. Vous savez si je dois haïr ce téméraire. -?
IDAMÉ. Vous, seigneur !
GENGis. J'en dis trop, et plus que je ne veux.
IDAMÉ. Ah! rendez-moi, seigneur, un enfant malheureux; /. Vous me l'avez promis; sa grâce est prononcée. ^ :1
GENOIS. Sa grâce est dans vos mains ; ma gloire est offensée, ii Mes ordres méprisés, mon pouvoir avili, ■ r!
En un mot vous savez jusqu'où je suis trahi. /;^
C'est peu de m'enlever le sang que je demande, De me désobéir alors que je conimande; Vous êtes dès longtemps instruite à m'outrager : Ce n'est pas d'aujourd'hui que je dois me venger. Voire époux !.. ce seul nom le rend assez coupable. Quel est donc ce mortel pour vous si respectable. Qui sous ses lois. Madame, a pu vous captiver? Quel est cet insolent qui pense me braver? Qu'il vienne.
IDAMÉ. Mon époux, vertueux et fidèle, ^ »
Objet infortuné de ma douleur mortelle, '3
Servit son dieu, son roi, rendit mes jours heureux.
GENOIS. Qui!., lui? mais depuis quand iormàtes-vous ces nœuds?
IDAMÉ; Depuis que loin de nous le sort, qui vous seconde. Eut entraîné vos pas pour le malheur du monde.
GENOIS. J'entends ; depuis le jour que je fus outragé, ■
Depuis que de vous deux je dus être vengé, .•'
Depuis que vos climats ont mérité ma haine.
SCÈNE III. — Gengis, Octab, Osman, d'un côté; Idamé, Zamti, de l'autre,
Gardes.
GENGIS. Parle ; as-tu satisfait à ma loi sou\eraino?
As-tn mis dans mes mains le fils de l'cmpêfeur? ', .:, . , ',, .^ ZAMTi. J'ai rempli mon devoir, c'en est fait; oui, seigneur. GENGis. Tu sais si je punis la fraudi> et l'insolence :
Tu sais que rien n'ccba{>pe aux coups de ma vengeance; Que si le fils des rois par toi mest enlevé, Malgré ton imposture, il sera retrouvé ; Que son trépas certain va suivre ton supplice. A ses gardes. Mais je veux bien le croire. Allez, et qupa saisisse L'enfant que cei esclave a remis en vos mains. Frappez.
ZAMTi. Malheureux père!
iDAMÉ. Arrêtez, inhumains 1 Ah! seigneur, est-ce ainsi que la pitié vous presse Est-ce ain^^i qu'un vainqueur sait tenir sa promesse? GENOIS. Est-ce ainsi qu'on m'abase, et qu'on croit me jouer C'en est trop; écoutez, il faut tout m'avouer. Sur cet enfant, madame, expliquez-vous sur l'heure, .A.rj.ci Instruisez-moi de tout, répondez, ou qu'il meure. ,,,)
IDAMÉ. Eh bien! mon fils l'emporte : et si, dansoiQpja^eur,^ L'aveu que la nature arrache à ma douleur .,. ..,,,,
Est encore à vos yeux une offense nouvelle ; S'il faut toujours du sang à votre âme cruelle, Frappez ce tnste cœur qui cède à sqb effroi. Et sauvez un mortel plus généreux que moi. ^ Seigneur, il çst trop vrai que notre auguste maître. Qui, sans vos seuls exploits, n'eût point cessé de letre, A remis à mes mains, aux mains de mon époux, Ce dépôt respectable à tout autre qu'à vous. Seigneur, assez d'horreurs suivaieM vôtre victoire, Assez de cruautés ternissaient tant de gloire; ^ ^^
Dans des fleuves de saog tant d'innoc;>nts plongés, L'empereur et sa femme, et cinq fils égorgés. Le fer de tous côtés dévastant cet empire, Tous ces champs oe carnage auraient dû vous suffixe. Un barbare en ces lieux est venu demander Ce dépôt précieux que j'aurais dû garder. Ce fils de tant de rois, notre unique espérance. A cet ordre terrible., à celle violence. Mon époux, inflexible en sa fidélité, , ^ N'a vu que son devoir, et n'a point hésité : lia livré son fils. La nature outragée Vainement déchirait son âme partagée ; Il imposait silence à ses cris douloureux. ;
Vous deviez ignorer ce sacrifice affreux ; J'ai dû plus respecter sa fermeté sévère ; Je devais l'imiter •. mais enfin je suis mère; Mon âme est au-dessous d'un si cruel effort; Je n'ai pu de mon fils consentir à la mort. Hélas ! au désespoir que j'ai trop fait paraître, , Une mère aisément pouvait se reconnaître. •:
Voyez de cet enfant le père confondu, Qui ne vous a trahi qu à force de vertu : L'un n'attend son salut que de son innocence; Et l'autre esc respectable alors qu'il vous offense. Ne punissez que moi, qui trahis à fa fois . ^g
Et l'époux que i'admire, et le sang de mes rois. ; (q^-.o
Digne époux! digne objet deto.ute ma tendresse! i m.'roo
La pitié maternelle est ma seule faiblesse : ..j ;*,[;' ijj[ $a ?.yo / Mou sort suivra le tien; je meurs, si tu périsY
Pardonne-moi da moins d'avoir sauvé ton fils. ZAMT[. Je l'ai tout, pardonné, je n'ai plus à me plaindre.
Pour le pang de mon roi je n'ai plus rien à craindre ;
Ses jours sont assurés.
GENGis. Traître, ils ne le sont pas :
Va réparer ton crime, ou subir ton trépas. ZAMTf. Le crime est d'obéir à des ordres injustes.
La souveraine voix de mes maîtres augustes,
Du sein de leurs tombeaux parle plus haut que toi :
Tu fus noire vainqueur, et tu n'es pas mon roi ;
Si j'étais ton sujet, je te serais fidèle.
Arrache-moi la vie, et respecte mon zèle;
3e t'ai livré mon fils, j'ai pu te l'immoler.
Penses-tu que pour moi je puisse encor trembler? GF-NGis. Qu'on l'ôtede mes yeux.
y.'*'^ iDAMÉ. Ah! daignez...
GENGIS, Qu'on l'entraîne.
IDAMÉ. Non, n'accablez que moi des traits de votre haine.
Cruel! qui m'aurait dit que j'aurais par vos coups
Perdu mon empereur, mon fils, et mon époux?
Quoi! votre âme jamais ne peut être amollie? GENGIS. Allez, suivez l'époux à qui le sort vous lie.
Est-ce à vous do prétendre encor à me toucher?
Et quel droit avez-vous de me rien reprocher? IDAMÉ. Ah! je l'avais prévu, je n'ai plus d'espérancOi GENGIS. Allez, dis-je, Idamé : si jamais la clémence
Dans mon cœur malgré moi pouvait encore entrer.
Vous sentez quels affronts il faudrait réparer.