SCÈNE V. — Idamk, Asséli
IDAMK. Il me faut donc choisir leur perte ou l'infamie! 0 pur sang' de mes rois ! ô moitié de ma vie ! Cher époux, dans mes mains quand je tiens votre sort, Ma voix sans balancer vous condamne à la mort.
ASSÉLI. Ah! reprenez plutôt cet empire suprême Qu'aux boautés, aux ^'ertus, attacha le ciel même; Ce pouvoir, qui soumit ce Scythe furieux Aux lois de la raison qu'il lisait dans vos yeux Longtemps accoutumée à dompter sa colère. Que ne pouvez-vous point puisque vous savez plaire
IDAMÈ. Dans l'état où je suis c'est un malheur de pUu.
ASSÉLI. Vous seule adouciriez le destin des vaincus ; Dans nos calamités, le ciel, qui vous seconde, Veut vous opposer seule à ce tyran du monde. Vous avez vu tantôt son courage irrité Se dépouiller pour vous de sa férocité. Il aurait dû cent fois, il devrait même encore Perdre dans votre époux un rival qu'il abhorre; Zamti pourtant respire après l'avoir bravé; A son épouse encore il n'est point enlevé. On vous respecte en lui; ce vainqueur sanguinaire Sur les débris du monde a craint de vous déplaire. Enfin souvenez-vouç que dans ces mêmes lieux Il sentit, le premier, le pouvoir de vos yeux : Son amour aulret'oie fut pur et légitime.
IDAMÉ. Arrête; il ne l'est plus; y penser e£l un crime. SCÈNE VI. — Zamti, Idamh, Asséli.
IDAMK. Ah ! dans Ion infortune, et dans mon désespoir,
Suis-je encor ton épouse, et peux-lu me revoir? ZAMTI, On le veut : du tyran tel est l'ordre funcslo;
Je (lois à ses fureurs ce moment qui me reste. IDAXIÉ. On t'a dit à quel prix ce tyran daigne enfin
Sauver tes tristes jours, et ceux de l'orphelin ? ZAMTI. Ne parlons pas des miens, laissons notre infortune.
Un citoyen ne.-t rien dans la perle commune ;
Il doit s'anéantir. Idamé, souviens-toi
Que mon devoir unique est de sauver mon roi ;
Nous lui devions nos jours, nos services, notre être,
Tout jusqu'au sang diun fils qui naquit pour son maître.
Mais l'honneur est un bien que nous ne devons pas.
Cependant l'orphelin n'allen^ que le trépas;
Mes soins l'ont enfermé dans ces asiles sombres
Où des rois ses aïeux on révère les ombres ;
La mort, si nous Idrdons, l'y dévore a\ec eux.
En vain des Coréens le prince généreux
Attend ce cher dépôt que lui promit mon zèle.
Elan, de son salut ce ministre fidèle,
Etan, ainsi que moi, se voit chargé de fers.
Toi seule à l'orphelin restes dans l'univers;
C'est à toi maintenant de conserver sa vie,
Et (on fils^ et ta gloire à mon honneur unie. IDAMÉ. Ordonne; que veux-tu? que faut-il?
ZAMTI. M'oublier,
Vivre pour ton pays, lui tout sacrifier.
Ma mort^ en éteignant les flambeaux d'hyménée,
Est un arrêt des cicux qui fait la destinée.
Il n'est plus d'autres soins ni d'autres lois pour nous :
L'honneur d'être fidèle aux cendres d'un époux
Ne saurait balancer une gloire plus belle.
C'est au prince, à lEtat qui faut être fidèle.
Remplissons de nos rois les ordres absolus;
Je leur donnai mon fils^ je leur donne encore plus.
Libre par mon trépas, enchiùne ce Tarlare ;
Éteins sur mon touibeau les foudres du barbare
Je commence à sentir la mort avec horreur.
Quand ma mort t'abandonne à cet usurpateur
Je fais en frémissant ce sacrifice impie ;
Mais mon devoir l'épure, et mon trépas l'expie :
Il était nécessaire autant qu'il estafireux.
Idamé, sers de mère à ton roi malheureux ;
Règne; que ion roi vive, et que ton époux n^eure :
Règne, dis-je, à ce prix ; oui, je le veux
IDAMÉ. Denieureu
Me connais-tu? veux-tu que ce funeste rang
Soit le prix de ma honte, et le prix de ton sang ?
Pen?es-tu que je sois moins épouse que mere't'
Tu l'abuses, cruel; et la vertu sévère
A commis contre moi deux crimes en un jour.
Qui font frémir tous deux la nature et l'amour
Barbare envers ion fils, et plus envers moi-niémo.
Ne te souvient-il pins qui je suis, el qui l'aime?
Crois-moi; dans nos malheurs il est un sort plus beau,
Un plus noble chemin pour descendre au loaibeau.
Soit amûur, soit mépris, le tyran qui m'offense. Sur moi, sur mes desseins, n'est pas en défiance, Dans ces remparts fumants, et de sang abreuvés. Je suis libre, et mes pas ne sont point observés. Le chef des Coréens s'ouvre un secret passage Non loin de ces tombeaux, où ce précieux gage A l'œil qui le poursuit fut caché par tes mains : De ces tombeaux sacrés je sais tous les chemins; Je cours y ranimer sa languissante vie, Le rendre aux défenseurs armés pour la patrie, Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux Comme un présent d'un dieu qui combat avec eux. Nous mourrons, je lésais, mais tout couvert de gloire. Nous laisserons de nous une illustre mémoire. Mettons nos noms obscurs au rang des plus grands noms. Et juge si mon cœur a suivi tes leçons. ZAMTi. Tu l'inspires, grand dieu ! que ton bras la soutienne ! Idamé, la vertu l'emporte sur la mienne; Toi seule as mérité que les cieux attendris Daignent sauver par toi ton prince et ton pays,