‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 260 sur 284 · SCÈNE II. — Idamé, Asséli, OcTAn · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — Idamé, Asséli, OcTAn

ocTAR. Idamé, demeurez :

Attendez l'empereur en ces lieux retirés.

A sa suite. Veillez sur ces enfants; et vous à cette porte, Tarlares, empêchez qu'aucun n'entre et ne sorte.

A Asséli. Éloignez-vous.

.IDAMÉ. Seigneur, il veut encor me voir! J'obéis, il le faut^ je cède à son pouvoir. Si j'obtenais du moins, avant de voir un maître, Qu'un moment à mes yeux mon époux pût paraître, Peut-être du vainqueur les esprits ramenés Rendraient enfin justice a deux infortunés. Je sens que je hasarde une prière vaine: La victoire est chez vous implacable, inhumaine; Mais enfin la pitié, seigneur, en vos climats. Est-elle un sentiment qu'on ne connaisse pas? Et ne puis-je implorer votre voix favorable?

ocTAR. Quand l'arrêt est porté, qui conseille est coupable. Vous n'êtes plus ici sous vos antiques rois, Qui laissent désarmer la rigueur de leurs lois.

t)'autres temps, d'autres mœurs -. ici régnent les armes;

Nous ne connaissons point les prières, les larmes.

On commande, et la terre écoute avec terreur.

Demeurez, attendez l'ordre de l'empereur. SCÈNE III.

IDAMÉ. Dieu des infortunés, qui voyez mon outrage,

Dans ces extrémités soutenez mon courage ;

Versez du haut des cieux, dans ce cœur consterne,

Les vertus de l'éponx que vous m'avez donné. SCÈNE IV. — Gengis, Idamé.

GENGis. Non, je n'ai point assez déployé ma colère,

Assez humilié votre orgueil téméraire.

Assez fait de reproche aux infidélités

Dont votre ingratitude a payé mes bontés.

Vous n'avez pas conçu l'excès de voire crime

Ni tout votre danger, ni Ihorreur qui m'anime,

Vous, que j'avais aimée, et que je dusha'ir,

Vous qui me trahissiez, et que je dois punir. IDA^IÉ. Ne punissez que moi; c'est la grâce dernière

(Jue j'ose demander à la main meurtrière

Dont j'espérais en vain fléchir la cruauté. ^

Éteignez dans mon sang votre inhumanité.

Vengez-vous d'une femme à son devoir hdele;

Finissez ses tourments. .

GENGIS. Je ne le puis, cruelle;

Les miens sont plus affreux, je les veux terminer Je viens pour vous punir, je puis tout pardonner. Moi pardonner! à vous! non, craignez ma vengeance Je tiens le fils des rois, le vôtre, en ma puissance. De voire indigne époux je ne vous parle pas ; Depuis que vous l'aimez, je lui dois le irepas : Il me trahit, me brave, il ose êire rebelle Mille moris punissaient sa fraude criminelle •. Vous retenez mon bras, et j'en suis indigne; Oui jusqu'à ce moment le traître est épargne. Mais je ne prétends plus supplier ma captive. Il le faut oublier, si vous voulez qu'il vive. Rien n'excuse à présent votre cœur obstine : Il n'est plus votre époux, puisqu d est condamne; Il a péri pour vous : votre chaîne odieuse Va se rompre à ji^mais par une mort honteuse. C'e'^t vous qui m'y forcez; et je ne conçois pas Le scrupule insensé qui le livre au trépas. Tout couvert de son sang, je devais sur sa cendre; \ mes vœux absolus vous forcer de vous rendre, M'iis sachez (lu'un barbare, un Scythe, un deslruclcur, A quelques sentiments dignes de votre cœur. I e destin croyez-moi, nous devait 1 un a 1 autre, Et mon aine a l'orgueil de régner sur la votre. Abiurez votre hymen, et dans le mémo temps .Te place votre fils au rang de mes enfants. Vous tenez dans vos mains plus d'une destinée; Du reieton des rois l'enfance condamnée, Votre éi)Oux, qu'à la mort un mot peut arracher. Les honneurs les plus hauts tout prêts a le chercher. Le destin de son hls, le vôtre, le mien même, • fout dépendra de vous, puiLqu'enlin je vous aime. Oui, je vous aime encor ; mais ne présumez pas

D'armer contre mes vœux ror^in.'il de vos appas; Gardez-vous d'insulter à l'excès de faiblesse Que déjà mon courroux reproche à ma tendro,=?c. C'est un danger pour vous tjue l'aveu que je fais : Tremblez de mon amour, tremijk'z de iik's bienfaits. Won âme à la vengeance est trop accoutumée ; Et je vous punirais de vous avoir aimée Pardonnez -.je menace encore en soupirant- Achevez d'adoucir ce courroux (|ui se rend :' Vous ferez d'un seul mot le sort de cet empire; Mais ce mot important, madame, il faut le dire': Prononcez sans tarder, sans feinte, sans détour. Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour,

IDAMÉ. L'un et l'autre aujourd'hui seraient trop condamnable- Votre haine est injuste et votre amour coupable ; '

Cet amour est indigne et de vous et de moi : Vous me devez justice ; et, si vous êtes roi. Je la veux, je l'attends pour moi contre vous-même. Je SUIS loin de braver votre grandeur suprême Je la rappelle en vous, lorsque voiis l'oubliez, Et vous-même en secret vous me jnsliOez.

GENOIS. Eh bien ! vous le voulez ; vous choisissez ma haine V ous 1 aurez ; et déjà je la retiens à peine : '

Je ne vous connais plus; et mon juste courroux Me rend la cruauté que j'oubliais pour vous. Votre époux, votre prince, et votre fils, cruelle Vont payer de leur sang votre fierté rebelle, ' Ce mot que je voulais les a tous condamnés C'en est fait, et c'est vous qui les assassinez

IDAMÉ. Barbare !

GK.NGis. Je le suis; j'allais cesser de l'être • Vous aviez un amant, vous n'avez plus qu'un maître Un ennemi sanglant, féroce, sans pitié, '

Dont la haine est égale à votre inimitié,'

IDAMÉ. Eh bien! je tombe aux pieds de ce maître sévère • Le ciel 1 a tait mon roi ; seigneur, je le révère • Je demande à genoux une grâce de lui

GE.NGis. Inhumaine ! est-ce à vous d'en attendre aujourdhui? Levez-^ ous je suis prêt encor à vous entendre Pourrai-je me flatter d'un sentiment plus tendie''^ Que voulez-N ous? parlez.

, ipAMÉ. Seigneur, qu'il soit permis

Uu en secret mon époux près de moi soit admis Que je lui parle. '

GENGis. Vous !

^ , . . IDAMÉ. Écoutez ma prière.

tel entretien sera ma ressource dernière ■ Vous jugerez après si j'ai dû résister

GENGis.Non, ce n'était pas lui qu'il fallait consulter : »iais je veux bien encor souffrir cette entie\ue. Je crois qu a la raison son âme enfin rendue

- rs oseia plus prétendre à cet honneur fatal ' Be me desobéir, et d'être mon rival Il m enleva son prince, il vous a possédée. Que de cnmes! Sa grâce est encor accordée : Qu il la tienne de vous, qu'il vous doive son sort. Présentez a ses yeux le divorce ou la mort ^ui ; j y consens. Octar, veillez à cette porte Vous, suivez-moi. Quel soin m'abaisse et me transporte !

Faut-il encor ainier? est-ce là mon destin? (ÎUort.) IDAMÉ. Je renais, et je sens s'affermir dans mon sein Cette intrépidité dont je doutais encore.

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