‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 266 sur 284 · SCÈNE VL — Aménaïde, Famé · texte numérisé non relu

SCÈNE VL — Aménaïde, Famé

AMÉNAÏDE. Viens, approche, ô ma chère Fanieî Vois le trait délesté qui m'arrache la vie. Orbassan par mon père est nommé mon époux. FANiE. Je sens combien cet ordre est doulouieux pour vous J'ai vu vos sentiments, j'en ai connu la force. Le sort n'eut point de traits, la cour n'eut point d'amorce Qui pussent arrêter ou délourner vos pas, (Juand la route par vous fut une fois choisie. Voire cœur s'est donné, c'est pour toute la vie. Tancrède et Solamir, touchés de vos appas, Dans la cour des Césars en secret soupirèrent : Mais celui que vos yeux justement distinguèrent, Qui seul obtint vos vœux, qui sut les mériter. En sera toujours digne; et, puisque dansByzance, Sur le fier Solamir il eut la préférence, Orbassan dans ces lieux ne pourra l'emporter : Votre âme est trop constante.

AMÉNAÏDE. Ah! tu n'en peux douter.

On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage : C'est le sort d'un héros d'èlre persécuté ; Je sens que c'est le mien de l'aimer davantage. Ecoule : dans ces murs Tancrède est regretté; Le peuple le chérit. ^

FANIE. Banni dans son enfance, De son i-ère oublié les fastueux amis Ont bientôt à son sort abandonné le fils. Peu de cœurs comme vous tiennent contre l'absence. A leurs seuls inlérélsles grands sont attachés. Le peuple est plus sensible.

AMÉNAÏDE II est aussi plus juste.

yANiE. Mais il est asservi : nos amis sont Mcliés:

Aucun n'ose parler pour ce proscrit auguste.

Un sénat tyrannique est ici tout puissant. AMKNAïuR. Oui, je sais qu'il peuttout quand Tancrède est absent. FAME. S'il pouvait se montrer, j'espérerais encore ;

iMais il est loin de vous.

AMÉNAÏDE. Juste clel, je t'implore !

A Fojiie Je me conlie à toi. Tancrède n'est pas loin :

Et quand de l'écarter on prond l'indigne soin.

Lorsque la tyrannie au comble est parvenue

Il est temps qu'il partiisse, et qu'on tremble à sa vue

Tancrède est dans Messine.

FANiE. Est-il vrai? justes cieux,

Et cet indigne nymen est formé sous ses yeuxî AWKNA'iDE, Il ne lésera pas... non, Fanie; et peut-être

iMcs oppresseurs et moi nous n'aurons plus qu'un maître.

Viens... je t'apprcinirai lout... mais il faut tout oser ;

Le joug est trop honteux; ma main doit, le briser.

La perséculion enhardit ma faiblesse.

Le trahir est un crime, obéir est bassesse.

S'il vient, c'est pour moi seule, et je l'ai mérité ;

Et moi, liiiiide esclave à son tyran promise,

Victime malheureuse indignement soumise,

Je mettrais mon devoir dans l'infidélité !

Non, l'amour à mon sexe inspire le courage :

C'est à moi de hâter ce fortuné retour;

Et s'il est des dangers que ma crainte envisage.

Ces dangers me sont chers, ils naissent de l'amour.

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