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SCÈNE II. — Tancrède, Aldamon

ALDÂMON. Ils ne connaissent pas que' trait envenimé! Est caché dans ce cœur trop nobfc et trop charmé. Mais, malgré vos douleurs, et malgré votre outrage, Ne remplirez-vous pas l'indispensable us;ig;e De paraître en vainqueur aux yeux de labeaulé Uui vous doit son honneur, ses jours, sa liberté, Kt de lui présenter de vos mains trioniplianles D'Orbassan terrassé les dépouilles sanglantes?

TANCRÈDE. Nou, sans doute, Aldamon , je ne la verrai pas.

ALDAMON. Eh quoi! pour la servir vous cherchiez le trépas. Et vous fuyez loin d'elle?

TANCKÈDE. El SOU cœur le mérile.

ALDAMON. Je vois trop à quel point son crime ^ous irrite ; Mais pour ce crime, en lin, vous avez combattu.

TANCRÈDE. Oui, j'ai tout fait pour elle, il est vrai, je l'ai dû. Je n'ai pu, cher ami, -malgré sa perfidie; Supporter ni sa mort ni son ignominie ; Et, l'eussé-je aimé moins, comment l'abandonner? J'ai dû sauver ses jours, et non lui pardonner. Qu'elle vive, il suffit, et que Tancrcde expire. Elle regrettera l'amant qu'elle a trahi, Le cœur qu'elle a perdu, ce cœur qu'elle déchire... A quel excès, ô ciel ! je lui fus asservi ! Pouvais-je craindre, hélas ! de la trouver parjure? Je pensais adorer la vertu la plus pure, Je croyais les serments, les autels moins sacrés Qu'une simple promesse, un mot d'Aména'ide...

ALDAMON. Tout est-il en ces lieux ou barbare ou perfide? A la proscription vosjobrs furent livrés; La loi vous persécute, et l'amour vous outrage. Eh bien ! s'il est ainsi, fuyons de ce rivage : Je vous suis au combat; je vous suis pour jamais, Loin de ces murs affreux, trop souillés de forfaits.

TANCRÈDE. Quel charme, dans son crime à mes esprits rappelle L'image des vertus que je crus voir en elle ! Toi, qui me fais descendre avec tant de tourment Dans l'horreur du tombeau dont je t'ai délivrée. Odieuse coupable... et peut-être adorée!

Toi, qui fais mon destin jusqu'au dernier moment Ah! s'il élait possible, ah! si tu pouvais être (;e que mes yeux trompés t'ont vu toujours paraître Non, ce n'est qu'en mourant que je puis l'oublier; Ma faiblesse est affreuse... il la faut expier. Il faut périr... mourons, sans nous occuper d'elle.

ALDAMON. Elle vousajjara tantôt moins criminelle. L'univers, disiez-vous, au mensonge est livré ; La calomnie y règne.

TANCREDE. Ah! lout eslavéré, Tout e§t approfondi dans cet atïreux mystère ;

Solamir en ces lieux adora ses attraits ;

Il demanda sa main pour le prix de la paix.

Hélas ! l'eût-il osé, s'il n'avait pas su plaire?

Ils sont d'intellit^ence. En vain j'ai cru mon cœur.

En vain j'avais douté; je dois en croire un père:

Lo père le plus tendre est son accusateur ;

Il condamne sa fille ; elle-même s'accuse ;

Enfin mes yeux l'ont vu ce billet plein d'horreur

« Puissiez-vous vivre en maître au sein de Syracuse,

« Et régner dans nos murs, ainsi que dans mon cœuri »

Mon malheur est certain.

ALDA.M0N. Que cc grand cœur l'oublie.

Qu'il dédaigne une ingrate à ce point avilie. TANCRÈDE. Et pour comble d'horreur^ elle a cru s'boQOrer.l

Au plus grand des humains elle a cru se livrer l

Que celte idée encor m'accable et m'humilie l

L'Arabe impérieux domine en Italie ;

Et le sexe imprudent, que tant d'éclat séduit.

Ce sexe à l'esclavage en leurs États réduit.

Frappé de ce respect que des vainqueurs impriment ;

Se livre par faiblesse aux maîtres qui l'oppriment!

Il nous trahit pour eux, nous, son servile appui,

Qui vivons à se? pieds, et qui mourons pour lui!

Ma fierté suffirait, dans une telle injure.

Pour détester ma vie, et pour fuir la parjure.

SCÈNE III. — Tancrède, Aldamon, plusieurs Chevaliers LATANE. Nos chevaliers sont prêts; le temps est précieux. TANCRÈDE. Oui^ j'en ai trop perdu : je m'arrache à ces lieux ;

Je vous suis, c'en est fait.

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