SCÈNE II. — Brutûs, les Sénateurs, Arons, Licteurs
ARONS. Jusquesà quand, Romains, Voulez-vous profaner tous les droits des humains/ D'un peuple révolté conseils vraiment sinistres. Pensez-vous abaisser les rois dans leurs ministres? Vos licteurs insolents viennent de m'arrêter : Est-ce mon maître ou moi que l'on veut insulter? Et chez les nations ce rang inviolable...
BRUTUS. Plus ton rang est sacré, plus il te rend coupable; Cesse ici d'attester des titres superflus.
ARONS. L'ambassadeur d'un roi!...
BRUTUS, Traître, tu ne l'es plus; Tu n'es qu'un conjuré, paré d'un nom sublime. Que l'impunité seule enhardissait au crime. Les vrais ambassadeurs, interprètes des lois, Sans les déshonorer savent servir leurs rois; De la foi des humains, discrets dépositaires, La paix seule est le fruit de leurs saints ministères: Des souverains du monde ils sont les nœuds sacrés, Et, partout bienfaisants, sont partout révérés. A ces traits, si tu peuXj ose te reconnaître : !\lais si tu veux au moins rendre compte à ton maître Des ressorts, des vertus, des lois de cet État, Comprends l'esprit de Rome, et connais le sénat Ce peuple auguste et saint sait respecter encore Les lois (les nations que ta main déshonore : IMus tu les méconnais, plus nous les protégeons: Et le seul châtunent qu'ici nous l'imposons, C'est de voir expirer les citoyens perfides Qui liaient avec toi leurs complots parricides
XV)ut couvert de leur sang répandu devant loi. Va d'un crime inutile enlrelenir ton roi ; Et niontro en ta personne aux peuples d'ilalio, La sainteté de Rome et ton ignominie.
(Ju'on l'emmène, licteurs.
SCFiNE III. — Les Sénateurs, Brutus, Valérius, Puoculls.
BRUTUS. Eh bien ! Valérius?
Ils sont saisis, sans doute, ils sont au moins connus? Quel sombre et noir chagrin^ couvrant votre vidage. De maux encor plus grands semble être le présage? Vous frémissez?
VALÉuics. Songez que vous êtes Brutus.
BBUTUS. Expliquez-vous...
VALÉRIUS. Je tremble à vous en dire plus. (// lui donne des tablettes.) Voyez, seigneur; lisez, connaissez les coupables.
BRUTUS, prenant hs tablettes.
Me Irompez-vous, mes yeux? 0 jours abominables! 0 père infortuné! Tibérius? mon fils!
Sénateurs, pardonnez... Le perfide est-il pris? VALÉRIUS. Avec deux conjurés il s'est osé défendre; Ils ont choisi la mort plutôt que de se rendre; Percé de coups, seigneur, il est tombé près d'eux : Mais H reste à vous dire un malheur plus affreux, Pour vous, pour Rome entière, et pour moi plus sensible. BRUTUS. Qu'entends-je?
VALÉRIUS. Reprenez cette liste terrible Que chez Messaia même a saisi Proculus. BRUTUS. Lisons donc... Je frémis^ je tremble. Ciel! ïilus!
(Il se laisse tomber entre les bras de Proculus.) VALÉRIUS. Assez près de ces lieux je l'ai trouvé sans armes. Errant, désespéré, plein d'horreur et d'alarmes. Peut-être il détestait cet horrible attentat. BRUTUS. Allez, pères conscrits, retournez au séual; Il ne m'appartient plus doser y prendre place : Allez, exterminez ma criminelle race; Punissez-en le père, etjusque dans mon flanc Recherchez sans pitié la source de leur sang. Je ne vous suivrai point^ de peur que ma présence Ne suspendit de Rome ou fléchît la vengeance.