SCÈNE L —Nemours, Adklaïde, Dangesth
NEMOURS. Non, non, ce peuple en vain s'armaitpour ma défense;
Mon frère, teint de sang, enivré de venpieançe.
Devenu plus jaloux, plus fier el plus cruel,
\'a traînera mes yeux sa victime à l'autel.
Je ne suis donc Acnu disputer ma conquôle
Oue pour (}tre témoin de celle horrible fùle !
]i\, dans le désespoir d'un impuissant courroux,
Je ne puis me venger qu'en me privant de vous !
Parlez, Adélaïde.
ADÉLAÏDE. Il faut quc je vous quille !...
Quoi! vous m'abandonnez!. . vous ordonnez ma iuilel ^■Eli^ouns. Il le faul ; chaque instant est un péril fatal
Vous êtes une esclave aux mains de mon rival.
Remercions le ciel dont la bonté propice
Nous suscite un secours au bord du précii)ice.
Vous voyez cet ami qui doit guider vos pas ;
Sa vigilance adroite a séduit des soldats, A Dangeste. Dani.'eslo, ses malheurs ontdroità tes services:
Je suis loin d'exiger d'injustes sacrifices;
Je respecte mon frère, et je ne prétends pas
Conspirer contre lui dans ses propres États.
Ecoute seulement la pitié qui te guide,
Écoute un vrai devoir, el sauve Adélaïde. ADÉLAÏDE. Hélas! ma délivrance augmente moa malheur,
J&déleslais ces lieux, j'en sors avec terreur. KEMOURS. Privez-moi par pitié d'une si chère vue!
Tantôt à ce départ vous étiez résolue;
Le dessein éuit pris, n'osez-vous l'achever? ADÉLAÏDE. Ah! quand j'ai voulu fuir, j'espérais vous trouver. ^EMOUBS. Prisonnier sur ma foi, dans l'horreur qui me presse,
Je suis plus enchaîné par ma seule promesse
Que si de cet État les tyrans fnhumains
Des fers les plus pesants avaient chargé mes mains :
Au pouvoir de mon frère ici l'honneur me livre ;
Je peux mourir pour vous, mais je ne peux vous suivro :
Vous suivrez cet ami par des détours obscurs
Qui vous rendront bientôt sous ces coupables murs;
De la Flandre à sa voix on doit ouvrif la por4e;
Du roi sous les remparts il trouvera l'escorte.
Le temps presse, évitez un ennemi jaloux. ADÉLAÏDE. Je vois qu'il faut partir.. . cher Nemours, et sans voua ! NEMOURS. L'amour nous a rejoints, que l'amour nous sépare. ADÉLAÏDE. Qui ! moi ? que je vous laisse au pouvoir d'un barbare !
Seigneur, de voire sang l'Anglais est altéré;
Ce sang à votrç frère est-il donc si sacré ?
Craindra-t-il d'accorder, dans son courroux funeste.
Aux alliés qu'il me un rival qu'il déteste. NEMOuns. Il n'oserait.
ADÉLAÏDE. Son cœur ne connaît point de frein 7
H vous a menacé, menace-t-il en win?
KEiiouns. Il tremblera bientôt : le roi vient et nous venge;
La moitié de ce peuple à ses drapeaux se range.
Allez ; si vous m'aimez, dérobez-vous aux coups
Des foudres allumés grondant autour de nous,
Au lumulle, au carnage, au désordre effroyable.
Dans des murs pris d'assaut malheur inévitable :
Mais craignez encor plus mon rival furieux;
Craignez l'amour jaloux qui veille dans ses yeux.
Je frémis de vous voir encor sous sa puissance ;
Iledoutez son anigur autant <^ue sa vengoaive ;
Cédez à mes douleurs ; qu'il vous perde : partez ! ADÉLAÏDE. El vous VOUS exposcz seul à ses cruautés ? NEMOURS. Ne craignantrien pour vous, je craindrai peu mon frère ;
Et bientôt mon appui lui devient nécessaire. ADÉLAÏDE, Aussi bien que mon cœur, mes pas \ou3 sont soumis.
Eh bien ! vous l'ordonnez, je pars, et je frémis :
Je ne sais... mais enfin la fortune jalouse
M'a toujours envié le nom de votre épouse. NEMOURS. Parlez avec ce nom ; la pompe des autels.
Ces voiles, ces flambeaux, ces témoins solennels.
Inutiles garants d'une foi si sacrée,
La rendront plus connue, et non plus assurée.
Vous, mânes des Bourbons, princes, rois, mes aïeux.
Du séjour des héros tournez ici les yeux :
J'ajoute à votre gloire en la prenant pour femme;
Confirmez mes serments, ma tendresse, et ma flamme;
Adoptez-la pour fille, et puisse son époux
Se montrer à jamais digne d'elle et de vous ! ADÉLAÏDE. Rempli de vos bontés mon cœur n'a plus d'alarmes ;
Cher époux, cher amant...
•NEMOURS. Quoi, vous verscz des larmes !
C'est trop tarder ; adieu... Ciel! quel tumulte affreux!