SCÈNE II. —Adélaïde, Nemours, Vendôme, Gardes
VENDÔME. Je l'entends, c'est lui-même: arrête, malheureux!
Lâche qui me trahis, rival indigne, arrête! NEMOURS. Il ne te trahit point; mais il t'crfrre sa tête;
Porte à tous les excès ta haine et ta fureur ;
Vs, ne pev^s point de temps, le ciel arme un vengeur.
Tremble; ton roi s'approche, il, vient, il va paraître.
Tu n'as vaincu que moi, redoute encor ton maître. • VENDÔME. Il pourra le venger, mais non te secourir ;
Et ton sang...
ADÉLAÏDE. Non, crucl, c'est à moi de mourir.
J'ai tout fait : c'est par moi que ta garde est séduite i
J'ai gagné tes soldats; j'ai préparé ma fuite :
Punis ces attentats et ces crimes si grands
De sortir d'esclavage et de fuir ses tyrans ;
Mais respecte ton frère, et sa femme, et toi-même*
H ne l'a point trahi, c'est un frère qui l'aime ;
11 voulait te servir, quand tu veux l'opprimer.
Ouel crime a-t-il commis, cruel, que de m'aimer?
L'amour n'esl-il en toi qu'un juge inexorable ? VENDÛ.Mi':. Plus vous le défendez, plus il devient coupau.c;
C'est vous qui le perdez, vous qui l'assassinez ;
Vous par qui tous nos jours étaienl empoisonnés ;
Vous qui, pour leur malheur armiez des mains si chères.
Puisse tomber sur vous tout le sang des deux frères!
Vous pleurez; mais vos pleurs ne peuvent me Iroaiper;
Je suis prêt à mourir, et prêt à le frapper.
Mon malheur est au comble ainsi que ma faiblesse.
Oui, je vous a'me encor ; le temps, le péril presse :
Vous'pouvez à l'instant parer le coup mortel ;
N'oila ma main, venez : sa grâce est à l'autel. ADiIlaïue. Moi, seigneur?
VEMUÔME. C'est assez.
ADÉLAÏDE. Moi, quo je le trahisse!
VENDÔME. Arrêtez... répondez...
ADÉLAÏDE. Je ne puis.
VENDÔME. Qu'il périsse.
NEMOURS, à Adélaïde.
Ne vous laissez pas vaincre en ces affreux combats ; Osez m'aimer assez pour vouloir mon trépas: Abandonnez mon sort aux coups qu'il me prépare. Je mourrai triomphant des coups de ce barbare; Et si vous succombiez à son lâche courroux, Je n'en mourrais pas moins, mais je mourrais par vous. VENDÔME. Uii'oR l'entraîne à la tour -.allez, qu'on mobéisse.