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SCENE V. — Vendôme, Coucy

VENDÔMK. Oui, cruelle ennemie, et plus que moi farouche.

Oui, j'accepte l'arrêt prononcé par ta bouche :

Que la main de la haine, et que les mêmes coups

Dans l'horreur du tombeau nous réunissent tous.

(Il tombi dans un fauteuil). COUCY. Il ne se connaît plus, il succombe à sa rage. VENDÔME. Eh bien! sou(ïriras-tu ma honte et mon outrage?

Le temps presse; veux-tu qu'un rival odieux

Enlève la perfide, et l'épouse à mes yeux?

Tu crains de me répondre! attends-tu que le traître

Ait soulevé mon peuple, et me livre à son maître? CorcY. Je vois trop en effet, que le parti du roi

Du peuple faiigué fait chanceler la foi.

De la sédition la flamme réprimée

Vit encor dans les cœurs, en secret rallumée.

VENDÔME. C'est Nemours qui l'allume ; il rwusa trahis tous. cûtcY. Je suis loin d'excuser ses crimes envers vous :

La suite on est funeste, et me remplit d'alarmes.

Dans la plaine déjà les Français sont en armes,

lit vous êtes perdu, si le peuple excité

Croit dans la trahison trouver sa sûreté.

Vos dangers sont accrus.

VENDÔME. Eh bien ! que laut-il faire ? coucY. Les prévenir; dompter l'amour et la colère.

Ayons encor, mon prince, en cette extrémité.

Pour prendre un parti sûr assez de fenneté.

Noiis pouvons conjurer ou braver la tempête;

(Juoi que vous décidiez, ma main est toute prête.

Vous vouliez ce matin, par un heureux traité,

Apaiser avec gloire un monarque irrité :

Ne vous rebutez pas ; ordonnez, et j'espère

Signer en votre nom cette paix salutaire ;

Mais s'il vous faut combattre et courir au trépas.

Vous savez qu'un ami ne vous survivra pas. \E>'DÔME. Ami, dans le tombeau laisse-moi seul descendre;

Vis pour servir ma cause, et pour venger ma cendre ;

Mon destin s'accomplit, et je cours l'achever :

Qui ne veut que la mort est sûr de la trouver ;

Mais je la veux terrible; et lorsque je succombe

Je veux voir mon rival entraîné dans ma tombe, couo. Comment! de quelle horreur vos sens sont possédés! YENDÔMH. Il est dans cette tour où vous seul commandez :

El ^ous m'avez promis que contre un téméraire... couGV. De qui me parlez-vous, seigneur, de votre frère ? VENDÔME. Non, je parle d'un traître et d'un lâche ennemi.

D'un rival qui m'abhorre et qui m'a tout ravi :

L'Anglais attend de moi la tête du parjure. COUCY. Vous leur avez promis de trahir la nature? TENDÔME. Dès longtemps du perfide ils ont proscrit le sang. doiTcY. Et pour lui obéir, vous lui percez le flanc? VENDÔME. Non, je n'obéis point à leur haine étrangère ;

J'obéis à ma rage, et veux la satisfaire.

(Jue m'importe l'État et mes vains alliés? ooucY. Ainsi donc à l'amour vous le sacrifkf ?

lit vous me chargez, moi, du soin de son supplice ! ♦

VENDÔME. Je n'attends pas devers cette prompte justice.

Je suis bien malheureux, bien digne de pitié!

Trahi dans mon amour, trahi dans l'amitié !

Ah! trop heureux dauphin ! c'est ton sort que j'cuNte :

Ton amitié du moins n'a point été trahie ;

Et Tanguy du Châtel, quand tu fus offensé.

T'a servi sans scrupule, et n'a pas balancé.

Allez : Vendôme encor, dans le sort qui le presse

Trouvera dee amis qui tiendront leur promes:>c ;

D'autres me serviront, et n'allégueront pas

Cette triste vertu, l'excuse des ingrats.

COUCY, après un long silence.

Non ; j'ai pris mon parti. Soit crime, soit justice,

Vous ne vous i)laindrcz p;is que Coucy vous trahisse.

Je ne soufl'iirai pas que d'un autre que moi,

Jians de pareils moments, vous éjjrouviez la foi.

(Juand un ami se perd, il faut qu'on l'avertisse.

Il faut qu'on le rclienne au bord du précipice :

Je l'ai dû, je l'ai l'ail malgré votre courroux;

Vous y voulez tomber, je m'y jolie avec vous ;

Et vous reconnaîtrez, au succès de mon zi;lc,

Si Coucy vous aimait, et sil vous fut fidèle. VENDÔME. Je revois mon ami... vcngeons-nouf., vole... altend.

Non, va, to dis-je, frappe, et je mourrai content :

Qu'à l'instant de sa mort, à mon impatience

Le canon des remparts annonce ma veng';ance;

J'irai, je l'apprendrai sans trouble et sans effroi

A l'objet odieux qui l'immole par moi.

Allons, coucv. En vous rendant ce malheureux service,

Prince, je vous demande un autre sacrifice. VENDÔME. Parle.

coucY. Je ne veux pas que l'Anglais en ces lieux.

Protecteur insolent commande sous mes yeux;

Je ne veux pas servir un tyran qui nous brave.

Ne puis-je vous venger sans être son esclave;

Si vous voulez tomber, pourquoi prendre un appui?

Pour mourir avec vous ai-ie besoin de lui ?

Du sort de ce grand jour laissez-moi la conduite :

Ce que je fais pour vous pout-élre le mérite.

Les Anglais a^ec moi pourraient mal s'accorder;

Jusqu'au dernier moment je veux seul commander. VENDÔME. Pourvu qu'-4délaïdo, an désespoir réduite,

Pleure en larmes de sang l'anuml qui l'a séduite ;

Pourvu que de l'horreur de ses gémissements,

Mon courroux se repaisse à mes derniers moments.

Tout le reste est égal, et je te l'abandonne :

Prépare le combat^ agis^ dispose, ordonne.

Ce n'est plus la victoire ou ma fureur prétend;

Je ne cherchepas même un trépas éclatant :

Aux cœurs désespérés qu'importe un peu de gloire?

Périsse ainsi que moi ma funeste mémoire!

Périsse avec mon nom le souvenir fatal

D'une indigne maîtresse et d'un lâche rival! COL'cv. Je l'avoue avec vous, une nuit éternelle

Doitcou\rir, s'il se peut, une fin si cruelle:

C'était avant ce coup qu'il nous fallait mourir ;

Mais je tiendrai parole, et je vais vous servir.

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