SCÈNE L — ALVAREZ, GuSMAN
ALVABEZ. Méritez donc, raoQ fils, un si grand avana
Vous avez Irioniphc du nombre et du courage t Et, de tous le-î vengeurs de ce triste unive•'••^ Une moitié n'est plus, et l'autre est dans vos fers. Ah ! n'ensanglantez point le prix de la victoire : Mon fils, que la clémence ajoute à votre gloire. Je vais, sur les vaincus étendant mes secours, Consoler leur misère et veiller sur leurs jours. Vous, songez cependant qu'un père vous implore: Soyez homme et chrétien, pardonnez à Zamore. No pourrai-je adoucir vos intlexibles mœurs? Et n'apprendrez-vouspoint à conquérir des cœurs?
cusMAN. Ah! vous percez le mien. Demandez-moi ma vie; Mais laissez un champ libre à ma juste furie ; Ménagez le courroux de mon cœur opprimé. Comment lui pardonner? le barbare est aimé.
ALVAREZ. Il en est plus à plaindre.
GusMAN. A plaindre? lui, mon père!
Ah ! qu'on me plaigne ainsi, la mort me sera chère.
ALVAREZ. Quoi ! vous joignez encore à cet ardent courroux La fureur des soupçons, ce tourment des jnloux ?
GUSMAN. Fit vous condamneriez jusqu'à ma jalousie? Quoi! ce juste transport dont mon âme est saisie. Ce triste sentiment plein de honte et d'horreur, Si légitime en moi, trouve en vous un censeur ! Vous voyez sans pitié ma douleur effrénée
ALVAREZ. Mêlez moins d'amertume à votre destinée : AIzire a des vertus, et loin de les aigrir, Par des dehors plus doux vous devez l'attendrir. Son cœur de ces climats conserve la rudesse ; Il résiste à la force, il cède à la souplesse ; Et la douceur peut tout sur notre volonté.
GUSMAN. Moi, que je flatte encor l'orgueil de sa beauté?
Que sous un front serein déguisant mon outrage, , A de nouveaux mépris ma honte l'encourage ? Ne dcvriez-vouspas, de mon honneur jaloux, Au lieu de le blâmer partager mon courroux? J'ai déjà trop rougi d'épouser une esclave, Qui m'ose dédaigner, qui me hait, qui me brave, Dont un autre à mes yeux possède encor le crour, Et que j'aime, en un mot, pour comble de malheur,
ALVAREZ. Ne vous repentez point d'un amour légitime ; Mais sachez-le régler : tout excès mène au crmie* Promettez-moi du moins de ne décider rien Avant de m'accorder un second entretien.
GUSMAN. Eh! que pourrait un fils refuser à son père? Je veux bien pour un temps suspendre ma colère ; N'en exigez pas plus de mon cœur outragé,
ALVAREZ- Je ne veux que du temps.
(// sort).
GUSMAN. Quoi! n'être point vcnL'él Aimer, me repentir, être réduit encore A l'horreur d'envier le destin de Zamore, Qu'un de ces vils mortels en Europe ignorés, Qu'à peine du nom d'homme on aurait honorés. Que vois-je! AIzire! ô ciel!