‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 117 sur 386 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Vous ne changerez point pour cela de victime ;

Ce n'en sera point prendre une injuste pitié ,

Mais en sacrifier feq[AttS45^re moitié.

Les nœuds de Thyménée, et^on amour extrême,

Font qu'il vit plus en moi qu'il hç vit en lui-même ;

Et si vous m'accordez de mourir àigourd'hui ,

n K&ourra plus en moi qu'il ne moùlrf ait en lui ;

La mort que je demande, et qu'il fa^t que j'obtienne,

Augmentera sa peine, et finira la mietme.

Sire, voyez l'excès de mes tristes ennuis,

Et l'effroyable état où mes jours sont ^uits.

Quelle horreur d'embrasser un homnie dont l'épée

De toute ma famille a la trame coupée!

Et quelle impiété de haïr un épouv

Pour avoir bien servi les siens, l'État, et vous!

Aimer un bras aocdllOïhs^g d/tous mes frères!

N'aimersi)as im mari qui firmes misères!

Sire , délrroz-moi , par un heureux trépas ,

Des crimes^de l'aimep-ef de ne l'aimer pas ;

J'en nonuner^ l'arrêt une faveur bien grande.

Ma main peut^ie donner ce quel je vous demande ;

Mais cef trépas ^nfin me sera bien plus doux ,

Si je puis de ^ honte afiOranchir mon époux ;

Si je ^^uiS par mon sang apaiser yla colère

Dés dieuxxm'a pu fâcher sa vertu trop sévère ,

Satisfaire, e^smoumnt, aux mânes de sa sœur,

Ek conserver à Rome un syDon défenseur.

Y ^tE-^lEIL HQ^E. y

Sire>vÇ'est dcmc à ijoîde répondrè^à-ïdlère. Mes eiifetntâ aïe<nu| conspirent contre un père ; Tous trois veulent rpe perdre, et s'arment sans raison Contre si peu de sahg qui reste en ma maison.

(A Sabine.) \

Toi, qui, par des douleurs à ton devoir contraires. Veux quitter un mari pour rejoindre tés frères , Va plutôt consulter leur* mânes généreux; ^

Us sont morts, mais pour Albe, et s'en tiennezit heureux : Puisque le ciel voulait qu'elle fût asservie, Si quelque sentiment demeure après la vie, Ce malheur semble moindre, et moins rude^^ses Voyant que tout Thonneur en retombe sjat nous ; Tous trois désavoueront la douleur quitte touci Les larmes de tes yeux, les soupirs (^e ta bou L'horreur que tu fais voir d'un mari vertueux, Sabine, sois leur sœur, suis ton devoir comme

(Au roi.) I i

Contre ce cher époux Valère en vain s'anim/& : .

Un premier mouvement ne fut jamais un crime

Et la louange est due, au heu du ch^me6t.

Quand la vertu produit ce premier mcmyeinent.

Aimer nos ennemis avec idolâtrie,

De rage en leur trépas maudire la patrie.

Souhaiter à l'État un malheur infini,

C'est ce qu'on nomme crime, et ce qu'il a puni.

Le seul amour de Rome a sa main aniniëes^^

Il serait innocent s'il l'avait moins aimée.

Qu'ai-je dit, sire? il l'est, et ce bras paternel

L'aurait déjà puni s'il était criminel ;

J'aurais su mieux user de l'entière puissance

Que me donnent sur lui les droits de la naissancejf.

J'aime trop l'honneur, sire, et ne suis point de r^

A souffrir ni d'affront ni de crime en mon sang.

C'est dont je ne veux point de témoin que Valère ;

n a vu quel accueil lui gardait ma colère.

Lorsque, ignorant encor la moitié du combat,

Je croyais que sa fuite avait trahi l'État.

Qui le fait se charger des soins de ma famille?

Qui le fait, malgré moi, vouloir venger ma fille?

Et par quelle raison, dans son juste trépas,

Prend-il un intérêt qu'un père ne prend pas?

On craint qu'après sa sœur il n'en maltraite d'autres!

Sire, nous n'avons part qu'à la honte des nôtres.

Page 1