‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 15 sur 386 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

L'un me rend malheureux, Fautre indigne du jour. Cher et cruel espoir d'une âme généreuse, Mais ensemble amoureuse, Digne ennemi de mon plus grand bonheur.

Fer qui cause ma peine, M'es-tu donné pour venger mon honneur?

M*es-tu donné pour perdre ma Chimène?

Il vaut mieux courir au trépas.

Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père ; J'attire en me vengeant sa haine- et sa colère; J'attire ses mépris en ne me vengeant pas. À mon plus doux espoir l'un me rend infidèle. Et l'autre indigne d'elle.

Mon mal augmente à le vouloir guérir ;

Tout redouble ma peine.

Allons mon âme ; et puisqu'il faut mourir. Mourons du moins sans offenser Chimène.

Mourir sans tirer ma raison !

Rechercher un trépas si mortel à ma gloire , Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison ! Respecter un amour dont mon âme égarée Voit la perte assurée !

N'écoutons plus ce penser suborneur.

Qui ne sert qu'à ma peine.

Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur. Puisque après tout il faut perdre Chimène.

Oui, mon esprit s'était déçu.

Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse : Que je meure au combat, ou meure de tristesse. Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu. Je m'accuse déjà de trop de négligence ; Courons à la vengeance ; Et, tout honteux d'avoir tant balancé.

Ne soyons plus en peine (Puisque aujourd'hui mon père est Toffensé), Si l'offenseur est père de Chimène.

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