SÉVÈRE, PAULINE, STRATONICE, FABIAN
PAULINE
Oui, je l'aime, Sévère, et n'en fais point d'excuse; Que tout autre que moi vous flatte et vous abuse, Pauline a l'âme noble, et parle à cœur ouvert.
Le bruit de votre mort n'est point ce qui vous perd; Si le ciel en mon choix eût mis mon hyménée , A vos seules vertus je me serais donnée. Et toute la rigueur de votre premier sort •
Contre votre mérite eût fait un vain effort ;
«38 POLYEUCTE
Je découvrais en vous d assez illustres marques
Pour vous préférer même aux plus heureux monarques :
Mais puisque mon devoir m'imposait d'autres lois,
De quelque amant pour moi que mon père eût fait choix,
Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne
Vous auriez ajouté Téclat d'une couronne,
Quand je vous aurais vu, quand je l'aurais haï.
J'en aurais soupiré , mais j'aurais obéi ,
Et sur mes passions ma raison souveraine
Eût blftmé mes soupirs et dissipé ma haine.
SÉVÈRE
Que vous êtes heureuse ! et qu'un peu de soupirs Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs! Ainsi, de vos désirs toujours reine absolue. Les plus grands changements vous trouvent résolue ; De la plus forte ardeur vous portez vos esprits Jusqu'à l'indifférence , et peut-être au mépris ; Et votre fermeté fait succéder sans peine La faveur au dédain, et l'amour à la haine.
Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu ! Un soupir, une larme à regret épandue M'aurait déjà guéri de vous avoir perdue ; Ma raison pourrait tout sur l'amour affaibli , Et de l'indifférence irait jusqu'à l'oubli; Et, mon feu désormais se réglant sur le vôtre, Je me tiendrais heureux entre les bras d'une autre. 0 trop aimable objet, qui m'avez trop charmé. Est-ce là comme on aime, et m'avez-vous aimé?
PAULINE
Je vous l'ai trop fait voir, seigneur ; et si mon âme Pouvait bien étouffer les restes de sa flamme , Dieux, que j'éviterais de rigoureux tourments! Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments : Mais, quelque autorité que sur eux elle ait prise. Elle n'y règne pas , elle les tyrannise ;