‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 212 sur 386 · FÉLIX, ALBIN · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN

FÉLIX

Je me fais violence , Albin , mais je Tai dû;

Ma bonté naturelle aisément m'eut perdu.

Que la rage du peuple à présent se déploie,

Que Sévère en fureur tonne, éclate, foudroie,

M'étant fait cet effort, j'ai fait ma sûreté.

Mais n'es-tu point surpris de cette dureté?

Vois-tu comme le sien des cœurs impénétrables ,

Ou des impiétés à ce point exécrables?

Du moins j'ai satisfisiit mon esprit affligé :

Pour amollir son cœur je n'ai rien négligé ;

J'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes :

Et certes, sans l'horreur de ses derniers blasphèmes,

Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi.

J'aurais eu de la peine à triompher de moi.

ALBIN

Vous maudirez peut-être un jour cette victoire , Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire, Indigne de Félix, indigne d'un Romain, Répandant votre sang par votre propre main.

FÉLIX

Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie ; Mais leur gloire en a crû , loin d'en être affaiblie ; Et quand nos vieux héros avaient de mauvais sang. Ils eussent pour le perdre ouvert leur propre flanc.

ALBIN

Votre ardeur vous séduit; mais quoi qu'elle vous die. Quand vous la sentirez une fois refroidie. Quand vous verrez Pauline , et que son désespoir Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir...

Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traître,

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