ACTE II, SCÈNE II
Examine d'un œil et d'un soin curieux
Oîi les vagues rendront ce dépôt précieux,
Pour lui rendre, s'il peut , ce qu'aux morts on doit rendre,
Dans quelque urne chétive en ramasser la cendre,
Et d'un peu de poussière élever un tombeau
A celui qui du monde eut le sort le plus beau.
Mais comme vers l'Afrique on poursuit Cornélie,
On voit d'ailleurs César venir de Thessalie :
Une flotte paraît, qu'on a peine à compter. . .
CLÉOPATRE
C'est lui-même, Achorée ; il n'en faut point douter. Tremblez, tremblez, méchants, voici venir la foudre ; Cléopâtre a de quoi vous mettre tous en poudre : César vient, elle est reine, et Pompée est vengé ; La tyrannie est bas, et le sort a changé.
Admirons cependant le destin des grands hommes. Plaignons-les, et par eux jugeons ce que nous sommes.
Ce prince d'un sénat maître de l'univers. Dont le bonheur semblait au-dessus du revers, Lui que sa Rome a vu, plus craint que le tonnerre, Triompher en trois fois des trois parts de la terre, Et qui voyait encore en ces derniers hasards L'un et l'autre consul suivre ses étendards; Sitôt que d'un malheur sa fortune est suivie, Les monstres de l'Egypte ordonnent de sa vie : "" On voit un Achillas, un Septime, un Photin, Arbitres souverains d'un si noble destin; Un roi qui de ses mains a reçu la couronne A ces pestes de cour lâchement l'abandonne. Ainsi finit Pompée ; et peut-être qu'un jour César éprouvera même sort à son tour.
Rendez l'augure faux, dieux, qui voyez mes larmes, Et secondez partout et mes vœux et ses armes !
CHARMION
Madame, le roi vient, qui pourra vous ouïr.