‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 243 sur 386 · SEPTIME · texte numérisé non relu

SEPTIME

Seigneur. . .

CÉSAR

Allez, Septime, allez vers votre maître ; César ne peut souffrir la présence d'un traître. D'un Romain lâche assez pour servir sous un roi. Après avoir servi sous Pompée et sous moi.

(Septime reutre.) CORNÉLIE.

César, car le destin, que dans tes fers je brave, Me fait ta prisonnière et non pas ton esclave. Et tu ne prétends pas qu'il m'abatte le cœur Jusqu'à te rendre hommage, et te nommer seigneur;

De quelque rude trait qu'il m*ose avoir frappée.

Veuve du jeune Crasse, et veuve de Pompée,

Fille de Scipion, et, pour dire encor plus,

Romaine, mon courage est encore au-dessus ;

Et de tous les assauts que sa rigueur me livre,

Rien ne me fait rougir que la honte de vivre.

J'ai vu mourir Pompée, et ne l'ai pas suivi ;

Et, bien que le moyen m'en aye été ravi,

Qu'une pitié cruelle à mes douleurs profondes

M'aye ôté le secours et du fer et des ondes,

Je dois rougir pourtant, après un tel malheur,

De n'avoir pu mourir d'un excès de douleur :

Ma mort était ma gloire, et le destin m'en prive

Pour croître mes malheurs, et me voir ta captive ;

Je dois bien toutefois rendre grâces aux dieux

De ce qu'en arrivant je te trouve en ces lieux,

Que César y commande, et non pas Ptolomée.

Hélas! et sous quel astre, 6 ciel, m'as-tu formée,

Si je leur dois des vœux de ce qu'ils ont permis

Que je rencontre ici mes plus grands ennemis.

Et tombe entre leurs mains plutôt qu'aux mains d'un prince

Qui doit à mon époux son trône et sa province ?

César, de ta victoire écoute moins le bruit ; Elle n'est que l'effet du malheur qui me suit ; Je l'ai porté pour dot chez Pompée et chez Crasse ; Deux fois du monde entier j'ai causé la disgrâce. Deux fois de mon hymen le nœud mal assorti A chassé tous les dieux du plus juste parti : Heureuse en mes malheurs, si ce triste hyménée. Pour le bonheur de Rome, à César m'eût donnée! Et si j'eusse avec moi porté dans ta maison D'un astre envenimé l'invincible poison ! Car enfin n'attends pas que j'abaisse ma haine. Je te l'ai déjà dit. César, je suis Romaine, Et, quoique ta captive, un cœur comme le mien. De peur de s'oublier, ne te demande rien.

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