ACTE III, SCÈNE IV. 3i
Ordonne ; et, sans vouloir qu'il tremble, ou s'humilie, Souviens-toi seulement que je suis Cornélie.
CÉSAR
0 d un iUustre époux noble et digne moitié, Dont le courage étonne, et le sort fait pitié! Certes, vos sentiments font assez reconnaître Qui vous donna la main, et qui vous donna Têtre ; Et Ton juge aisément, au cœur que vous portez, Où vous êtes entrée, et de qui vous sortez. L'âme du jeune Crasse, et celle de Pompée, L'une et l'autre vertu par le malheur trompée, Le sang des Scipions protecteur de nos dieux. Parlent par votre bouche et brillent dans vos yeux ; Et Rome dans ses murs ne voit point de famille Qui soit plus honorée ou de femme ou de fille. Plût au grand Jupiter, plût à ces mêmes dieux Qu'Annibal eût bravés jadis sans vos aïeux. Que ce héros si cher dont le ciel vous sépare N'eût pas si mal connu la cour d'un roi barbare, Ni mieux aimé tenter une incertaine foi. Que la vieille amitié qu'il eût trouvée en moi ; Qu'il eût voulu souffrir qu'un bonheur de mes armes Eût vaincu ses soupçons, dissipé ses alarmes ; Et qu'enfin, m'attendant sans plus se défier, Il m'eût donné moyen de me justifier ! Alors, foulant aux pieds la discorde et l'envie, Je l'eusse conjuré de se donner la vie. D'oublier ma victoire, et d'aimer un rival Heureux d'avoir vaincu pour vivre son égal : J'eusse alors regagné son flme satisfaite Jusqu'à lui faire aux dieux pardonner sa défaite; Il eût fait à son tour, en me rendant son cœur. Que Rome eût pardonné la victoire au vainqueur. Mais puisque par sa perte, à jamais sans seconde. Le sort a dérobé cette allégresse au monde, César s'efforcera de s'acquitter vers vous
De ce qu'il voudrait rendre à cet illustre époux.
Prenez donc en ces lieux liberté tout entière :
Seulement pour deux jours soyez ma prisonnière,
Afin d'être témoin comme, après nos débats,
Je chéris sa mémoire et venge son trépas,
Et de pouvoir apprendre à toute lltalie
De quel orgueil nouveau m'enfle la Thessalie.
Je vous laisse à vous-même et vous quitte un moment :
Choisissez-lui , Lépide, un digne appartement ;
Et qu'on l'honore ici, mais en dame romaine,
C'est-à-dire un peu plus qu'on n'honore la reine.
Commandez, et chacun aura soin d'obéir.
GORNÉLIE.
0 ciel, que de vertus vous me faites haïr !