‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 262 sur 386 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

GLÉOPATRE.

C'est là Tunique point que je voulais savoir. Madame, vous voyez, les dieux m* ont écoutée.

CORNÉLIE

Ils n*ont que différé la peine méritée.

CLÉOPÂTRE

Vous la vouliez sur F heure, ils Ten ont garanti.

ÂGHORÉE.

Il faudrait qu'à nos vœux il eût mieux consenti.

GLÉOPATRE.

Que disiez-vous naguère? et que viens-je d'entendre? Accordez ces discours, que j'ai peine à comprendre.

ÂGHORÉE.

Aucuns ordres ni soins n'ont pu le secourir; Malgré César et nous il a voulu périr : Mais il est mort, madame, avec toutes les marques Que puissent laisser d'eux les plus dignes monarques ; Sa vertu rappelée a soutenu son rang , Et sa perte aux Romains a coûté bien du sang. Il combattait Antoine avec tant de courage , Qu'il emportait déjà sur lui quelque avantage : Mais l'abord de César a changé le destin ; Aussitôt Achillas suit le sort de Photin : Il meurt, mais d'une mort trop belle pour un traître, Les armes à la main, en défendant son maître. Le vainqueur crie en vain qu'on épargne le roi ; Ces mots au lieu d'espoir lui donnent de l'effroi ; Son esprit alarmé les croit un artifice Pour réserver sa tète à l'affront d'un supplice. Il pousse dans nos rangs, il les perce, et fait voir Ce que peut la vertu qu'arme le désespoir ; Et son cœur, emporté par l'erreur qui l'abuse, Cherche partout la mort, que chacun lui refuse. Enfin perdant haleine après ces vains efforts. Près d'être environné, ses meilleurs soldats morts, n voit quelques fuyards sauter dans une barque ;

Il s'y jette ; et les siens qui suivent leur monarque , D'un si grand nombre en foule accablent ce vaisseau, Que la mer Fengloutit avec tout son fardeau.

C'est ainsi que sa mort lui rend toute sa gloire, A vous toute rÉgypte, à César la victoire. n vous proclame reine , et bien qu'aucun Romain Du sang que vous pleurez n'ait vu rougir sa main , n nous fait voir à tous un déplaisir extrême, D soupire, il gémit. Mais le voici lui-même, Qui pourra mieux que moi vous montrer la douleur Que lui donne du roi l'invincible malheur.

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