‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 268 sur 386 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

L'effet n y répond pas toujours à l'apparence ; On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France ; Et parmi tant d'esprits plus polis et meilleurs, Il y croît des badauds autant et plus qu'ailleurs. Dans la confusion que ce grand monde apporte, Il y vient de tous lieux des gens de toute sorte ; Et dans toute la France il est fort peu d'endroits Dont il n'ait le rebut aussi bien que le choix. Comme on s'y connaît mal, chacun s'y fait de mise. Et vaut communément autant comme il se prise : De bien pires que vous s'y font assez valoir. Mais, pour venir au point que vous voulez savoir, Étes-vous libéral?

DORANTE

Je ne suis point avare.

CLITON

C'est un secret d'amour et bien grand et bien rare; Mais il faut de l'adresse à le bien débiter ; Autrement on s'y perd au lieu d'en profiter. Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne : La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. L'un perd exprès au jeu son présent déguisé ; L'autre oublie un bijou qu'on aurait refusé. Un lourdaud libéral auprès d'une maîtresse Semble donner l'aumône alors qu'il fait largesse ; Et d'un tel contre-temps il fait tout ce qu'il fait, Que, quand il tâche à plaire, il offense en effet.

DORANTE

Laissons-là ces lourdauds contre qui tu déclames, Et me dis seulement si tu connais ces dames.

Non : cette marchandise est de trop bon aloi ; Ce n'est point là gibier à des gens comme moi ; Il est aisé pourtant d'en savoir des nouvelles. Et bientôt leur cocher m'en dira des plus belles.

DORANTE

Penses-tu qu'il t'en die?

CLITON

Assez pour en mourir.

Puisque c'est un cocher, il aime à discourir.

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