DORANTE» CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE
GLARICE, faisant an faax pas, et comme se laissant choir.
Ay!
DORANTE , lui donnant la main.
Ce malheur me rend un favorable office, Puisqu'il me donne lieu de ce petit service ; Et c'est pour moi, madame, un bonheur souverain Que cette occasion de vous donner la main.
CLARICE
L'occasion ici fort peu vous favorise.
Et ce faible bonheur ne vaut pas qu'on le prise.
DORANTE
Il est vrai, je le dois tout entier au hasard ;
Mes soins ni vos désirs n'y prennent point de part ;
Et sa douceur mêlée avec cette amertume
Ne me rend pas le sort plus doux que de coutume,
Puisque enfin ce bonheur que j'ai si fort prisé,
A mon peu de mérite eût été refusé.
CLARICE
S'il a perdu sitôt ce qui pouvait vous plaire. Je veux être à mon tour d'un sentiment contraire. Et crois qu'on doit trouver plus de félicité A posséder un bien sans l'avoir mérité.
J'estime plus un don qu'une reconnaissance : Qui nous donne fait plus que qui nous récompense ; Et le plus grand bonheur au mérite rendu Ne fait que nous payer de ce qui nous est dû. La faveur qu'on mérite est toujours achetée ;