‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 278 sur 386 · ACTE I, SCÈNE YI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE YI

Et, loin d'en redouter un malheureux succès, Si jamais un fâcheux nous nuit par sa présence, Nous pourrons sous ces mots être d'intelligence. Voilà traiter Tamour, Cliton, et comme il faut.

CLITON

A vous dire le vrai, je tombe de bien haut.

Mais parlons du festin : Urgande et Mélusine

N'ont jamais sur-le-champ mieux fourni leur cuisine ;

Vous allez au delà de leurs enchantements :

Vous seriez un grand maître à faire des romans;

Ayant si bien en main le festin et la guerre.

Vos gens en moins de rien courraient toute la terre,

Et ce serait pour vous des travaux fort légers

Que d'y mêler partout la pompe et les dangers.

Ces hautes fictions vous sont bien naturelles.

DORANTE

J'aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles ;

Et sitôt que j'en vois quelqu'un s'imaginer

Que ce qu'il veut m'apprendre a de quoi m'étonner.

Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire

Qui rétonne lui-même, et le force à se taire.

Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lors

De leur faire rentrer leurs nouvelles au corps...

CLITON

Je le juge assez grand ; mais enfin ces pratiques Vous couvriront de honte en devenant publiques.

DORANTE

Nous nous en tirerons; mais tous ces vains discours M'empêchent de chercher l'objet de mes amours ; Tâchons de le rejoindre, et sache qu'à me suivre Je t'apprendrai bientôt d'autres façons de vivre.

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