‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 285 sur 386 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

GÉRONTE, DORANTE, CLITON

GÉRONTE

Dorante, arrêtons-nous ; le trop de promenade Me mettrait hors d'haleine, et me ferait malade. Que l'ordre est rare et beau de ces grands bâtiments !

DORANTE

Paris semble à mes yeux un pays de romans. J'y croyais ce matin voir une île enchantée : Je la laissai déserte, et la trouve habitée ; Quelque Amphion nouveau, sans l'aide des maçons, En superbes palais a changé ses buissons.

GÉRONTE

Paris voit tous les jours de ces métamorphoses :

Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses ;

Et l'univers entier ne peut rien voir d'égal

Aux superbes dehors du palais Cardinal.

Toute une ville entière, avec pompe bâtie,

Semble d'un vieux fossé par miracle sortie,

Et nous fait présumer, à ses superbes toits.

Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois.

Mais changeons de discours. Tu sais combien je t'aime?

DORANTE

Je chéris cet honneur bien plus que le jour même.

GÉRONTE

Comme de mon hymen il n'est sorti que toi. Et que je te vois prendre un périlleux emploi. Où l'ardeur pour la gloire à tout oser convie. Et force à tout moment de négliger la vie ; Avant qu'aucun malheur te puisse être avenu, Pour te faire marcher un peu plus retenu, Je te veux marier.

DORANTE, * part.

0 ma chère Lucrèce !

GÉRONTE

Je t'ai voulu choisir moi-même une maîtresse. Honnête, belle, riche.

DORANTE

Ah I pour la bien choisir, Mon père, donnez-vous un peu plus de loisir.

GÉRONTE

Je la connais assez. Clarice est belle et sage Autant que dans Paris il en soit de son âge ; Son père de tout temps est mon plus grand ami. Et l'affaire est conclue.

DORANTE

Ah ! monsieur, j'en frémi ; D'un fardeau si pesant accabler ma jeunesse !

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