ACTE III, SCÈNE YI
DORANTE
Peut-être : qu'en crois-tu?
CLITON
Le peut-être est gaillard.
DORANTE
Penses-tu qu'après tout j'en quitte encor ma part, Et tienne tout perdu pour un peu de traverse?
CLITON
Si jamais cette part tombait dans le commerce, Et qu'il vous vînt marchand pour ce trésor caché, Je vous conseillerais d'en faire bon marché.
Mais pourquoi si peu croire un feu si véritable?
CLITON
A chaque bout de champ vous mentez comme un diable.
DORANTE
Je disais vérité.
CLITON
Quand un menteur la dit, En passant par sa bouche elle perd son crédit.
DORANTE
Il faut donc essayer si par quelque autre bouche Elle pourra trouver un accueil moins farouche. Allons sur le chevet rêver quelque moyen D'avoir de l'incrédule un plus doux entretien. Souvent leur belle humeur suit le cours de la lune : Telle rend des mépris qui veut qu'on l'importune. Et, de quelques effets que les siens soient suivis. Il sera demain jour, et la nuit porte avis.