‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 302 sur 386 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

DORANTE, CLITON

CLITON

Mais, monsieur, pensez-vous qu'il soit jour chez Lucrèce? Pour sortir si matin elle a trop de paresse.

On trouve bien souvent plus qu'on ne croit trouver; Et ce lieu pour ma flamme est plus propre à rêver : J'en puis voir sa fenêtre, et de sa chère idée Mon âme à cet aspect sera mieux possédée.

CLITON

A propos de rêver, n'avez-vous rien trouvé Pour servir de remède au désordre arrivé?

DORANTE

Je me suis souvenu d'un secret que toi-même

Me donnais hier pour grand, pour rare, pour suprême :

Un amant obtient tout quand il est Ubéral.

CLITON

Le secret est fort beau, mais vous l'appliquez mal : Il ne fait réussir qu'auprès d'une coquette.

DORANTE

Je sais ce qu'est Lucrèce, elle est sage et discrète ;

A lui faire présent mes efforts seraient vains :

Elle a le cœur trop bon : mais ses gens ont des mains ;

Et, bien que sur ce point elle les désavoue.

Avec un tel secret leur langue se dénoue :

Us parlent ; et souvent on les daigne écouter.

A tel prix que ce soit, il m'en faut acheter.

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