ACTE V, SCÈNE VI
Je ne vous déplais pas, puisque vous vous fâchez. Mais j'ai moi-même enfin assez joué d'adresse; n faut vous dire vrai, je n'aime que Lucrèce.
GLARIGE, à Lacrèce.
Est-il un plus grand fourbe? et peux-tu Técouter?
DORANTE, à Lucrèce.
Quand vous m'aurez ouï, vous n'en pourrez douter. Sous votre nom, Lucrèce, et par votre fenêtre, Clarice m'a fait pièce, et je l'ai su connaître ; Comme en y consentant vous m'avez affligé. Je vous ai mise en peine, et je m'en suis vengé.
LUCRÈCE
Mais que disiez- vous hier dedans les Tuileries?
DORANTE
Clarice fut l'objet de mes galanteries...
CLARICE, bas, à Lacrèce.
Veux-tu longtemps encore écouter ce moqueur !
DORANTE, à Lucrèce.
Elle avait mes discours, mais vous aviez mon cœur, Où vos yeux faisaient naître un feu que j'ai fait taire. Jusqu'à ce que ma flamme ait eu l'aveu d'un père; Comme tout ce discours n'était que fiction. Je cachais mon retour et ma condition.
CLARICE, bas, à Lucrèce.
Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il entasse. Et ne fait que jouer des tours de passe-passe.
DORANTE, à Lucrèce.
Vous seule êtes l'objet dont mon cœur est charmé.
LUCRÈCE, à Dorante.
C'est ce que les effets m'ont fort mal confirmé.
DORANTE
Si mon père à présent porte parole au vôtre.
Après son témoignage, en voudrez- vous quelque autre?
LUCRÈCE
Après son témoignage il faudra consulter Si nous aurons encor quelque heu d'en douter.
DORANTE, à Lucrèce.
Qu'à de telles clartés votre erreur se dissipe.
(A Clarice.)
Et VOUS, belle Clarice, aimez toujours Alcippe; Sans r hymen de Poitiers il ne tenait plus rien; Je ne lui ferai pas ce mauvais entretien; Mais entre vous et moi vous savez le mystère. Le voici qui s'avance, et j'aperçois mon père.