ACTE I, SCÈNE I
Et y s'en étant saisis aux premières approches,
Ces messieurs pour prison lui donnèrent leurs poches ;
Et moi, non sans couleur, encor qu'injustement.
Je fus conduit par eux en cet appartement.
Qui te fait ainsi rire? et qu'est-ce que tu penses?
CLITON
Je trouve ici , monsieur, beaucoup de circonstances :
Vous en avez sans doute un trésor infini ;
Votre hymen de Poitiers n'en fut pas mieux fourni ;
Et le cheval surtout vaut en cette rencontre
Le pistolet ensemble, et Tépée, et la montre.
Je me suis bien défait de ces traits d*écolier
Dont l'usage autrefois m'était si familier;
Et maintenant, Cliton, je vis en honnête homme.
CLrroN.
Vous êtes amendé du voyage de Rome ; Et votre âme en ce lieu, réduite au repentir. Fait mentir le proverbe en cessant de mentir. Ah! j'aurais plutôt cru...
DORANTE
Le temps m'a fait connaître Quelle indignité c'est, et quel mal en peut naître.
CLITON
Quoi ! ce duel , ces coups si justement portés , Ce cheval, ces sergents...
DORANTE
Autant de vérités.
CLITON
J'en suis fâché pour vous, monsieur, et surtout d'une, Que je ne compte pas à petite infortune : Vous êtes prisonnier, et n'avez point d'argent; Vous serez criminel.
DORANTE
Je suis trop innocent.
CLITON
Àh! monsieur 9 sans argent est-il de Tinnocence?
Fort peu ; mais dans ces murs Philiste a pris naissance , Et comme il est parent des premiers magistrats, Soit d'argent, soit d*amis, nous n'en manquerons pas. J'ai su qu'il est en ville, et lui venais d'écrire, Lorsqu'ici le concierge est venu t'introduire. Va lui porter ma lettre.
CLITON
Avec un tel secours Vous serez innocent avant qu'il soit deux jours. Mais je ne comprends rien à ces nouveaux mystères : Les filles doivent être ici fort volontaires ; Jusque dans la prison elles cherchent les gens.