‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 356 sur 386 · ACTE IIÏ, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IIÏ, SCÈNE I

Qu'en France il n'en est point que Jodelet et moi.

DORANTE

Voilà de ses bons mots les galantes surprises : Mais qui parle beaucoup dit beaucoup de sottises ; Et quand il a dessein de se mettre en crédit, Plus il y fait d'effort, moins il sait ce qu'il dit.

CLITON

On appelle cela des vers à ma louange.

Presque insensiblement nous avons pris le change. Mais revenons, monsieur, à ce que je vous dois.

DORANTE

Nous en pourrons parler encor quelque autre fois : Il suffit pour ce coup.

CLÉANDRE

Je ne saurais vous taire En quel heureux état se trouve votre affaire. Vous sortirez bientôt, et peut-être demain; Mais un si prompt secours ne vient pas de ma main , Les amis de Philiste en ont trouvé la voie : J'en dois rougir de honte au milieu de ma joie; Et je ne saurais voir sans être un peu jaloux Qu'il m'ôte les moyens de m'employer pour vous. Je cède avec regret à cet ami fidèle ; S'il a plus de pouvoir, il n'a pas plus de zèle ; Et vous m'obligerez, au sortir de prison , De me faire l'honneur de prendre ma maison. Je n'attends point le temps de votre délivrance. De peur qu'encore un coup Philiste me devance : Comme il m'ôte aujourd'hui l'espoir de vous servir, Vous loger est un bien que je lui veux ravir.

DORANTE

C'est un excès d'honneur que vous me voulez rendre; Et je croirais faillir de m'en vouloir défendre.

CLÉANDRE

Je vous en reprierai quand vous pourrez sortir;

Et lors nous tAcherons à vous bien divertir , Et vous faire oublier l'ennui que je tous cause.

Auriez-vous cependant besoin de quelque chose? Vous êtes voyageur, et pris par des sergents ; Et quoique ces messieurs soient fort honnêtes gens, n en est quelques-uns...

CLITON

Les siens en sont du nombre; Us ont en le prenant pillé jusqu'à son ombre ; Et, n'était que le ciel a su le soulager, Vous le verriez encor fort net et fort léger ; Mais comme je pleurais ces tristes aventures , Nous avons reçu lettre, argent et confitures.

CLÉÂNDRE.

Et de qui?

DORANTE

Pour le dire, il faudrait deviner.

Jugez ce qu'en ma place on peut s'imaginer.

Une dame m'écrit, me flatte, me régale, Me promet une amour qui n'eut jamais d'égale. Me fait force présents...

CLÉÂNDRE.

Et vous visite?

DORANTE

Non.

CLÉÂNDRE.

Vous savez son logis?

DORANTE

Non ; pas même son nom.

Ne soupçonnez-vous point ce que ce pourrait être?

CLÉÂNDRE.

A moins que de la voir je ne la puis connaître.

Pour un si bon ami je n'ai point de secret. Voyez, connaissez-vous les traits de ce portrait?

CLÉÂNDRE.

Elle semble éveillée, et passablement belle ;

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