‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 357 sur 386 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DORANTE, CLITON

DORANTE

Ce brusque adieu marque un trouble dans l'Ame. Sans doute il la connaît.

CLITON

C'est peut-être sa femme.

DORANTE

Sa femme?

CLITON

Oui, c'est sans doute elle qui vous écrit ; Et vous venez de faire un coup de grand esprit. Voilà de vos secrets et de vos confidences.

DORANTE

Nomme-les par leur nom, dis de mes imprudences. Mais serait-ce en effet celle que tu me dis?

Envoyez vos portraits à de tels étourdis.

Ils gardent un secret avec extrême adresse.

C'est sa femme, vous dis-je, ou du moins sa maîtresse.

Ne l'avez-vous pas vu tout changé de couleur?

DORANTE

Je l'ai vu, comme atteint d'une vive douleur, Faire de vains efforts pour cacher sa surprise. Son désordre, Cliton, montre ce qu'il déguise. n a pris un prétexte à sortir promptement. Sans se donner loisir d'un mot de compUment.

CLITON

Qu'il fera dangereux rencontrer sa colère ! Il va tout renverser si l'on le laisse faire.

Et je VOUS tiens pour mort si sa fureur se croît; Mais surtout ses valets peuvent bien marcher droit : Malheureux le premier qui fâchera son maître ! Pour autres cent louis je ne voudrais pas l'être.

DORANTE

La chose est sans remède ; en soit ce qui pourra :

S'il fait tant le mauvais, peut-être on le verra.

Ce n'est pas qu'après tout, Cliton» si c'est sa femme,

Je ne sache étouffer cette naissante flamme ;

Ce serait lui prêter un fort mauvais secours

Que lui ravir Thonneur en conservant ses jours ;

D'une belle action j'en ferais une noire.

J'en ai fait mon ami, je prends part à sa gloire;

Et je ne voudrais pas qu'on pût me reprocher

De servir un brave homme au prix d'un bien si cher,

CLITON

Et s'il est son amant?

DORANTE

Puisqu'elle me préfère, Ce que j'ai fait pour lui vaut bien qu'il me défère; Sinon, il a du cœur, il en sait bien les lois. Et je suis résolu de défendre son choix. Tandis, pour un moment trêve de raillerie. Je veux entretenir un peu ma rêverie.

(Il prend le portrait de Mélisse.)

Merveille qui m'as enchanté.

Portrait à qui je rends les armes, As-tu bien autant de bonté Comme tu me fais voir de charmes?

Hélas ! au lieu de l'espérer.

Je ne fais que me figurer Que tu te plains à cette belle.

Que tu lui dis mon procédé.

Et que je te fus infidèle Sitôt que je t'eus possédé.

Garde mieux le secret que moi,

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