ACTE III, SCÈNE II
Daigne en ma faveur te contraindre :
Si j'ai pu te manquer de foi,
C'est m'imiter que de t'en plaindre.
Ta colère en me punissant
Te fait criminel d'innocent ;
Sur toi retombent les vengeances. . .
CLITON, lui ôtant le portrait.
Vous ne dites, monsieur, que des extravagances. Et parlez justement le langage des fous. Donnez, j'entretiendrai ce portrait mieux que vous, Je veux vous en montrer de meilleures méthodes, Et lui faire des vœux plus courts et plus commodes.
Adorable et riche beauté, Qui joins les effets aux paroles, Merveille qui m'as enchanté Par tes douceurs et tes pistoles.
Sache un peu mieux les partager ; Et, si tu nous veux obliger A dépeindre aux races futures L'éclat de tes faits inouïs, Garde pour toi les confitures.
Et nous accable de louis.
Voilà parler en homme.
DOUANTE.
Arrête tes saillies, Ou va du moins ailleurs débiter tes folies. Je ne suis pas toujours d'humeur à t' écouter.
CLlTON .
Et je ne suis jamais d'humeur à vous flatter; Je ne vous puis souffrir de dire une sottise : Par un double intérêt je prends cette franchise; L'un, vous êtes mon maître, et j'en rougis pour vous; L'autre, c'est mon talent, et j'en deviens jaloux.
DORANTE
Si c'est là ton talent, ma faute est sans exemple.
CLITON
Ne me Tenviez point, le vôtre est assez ample; Et puisque enfin le ciel m'a voulu départir Le don d*eitravaguer, comme à vous de mentir. Comme je ne mens point devant votre excellence, Ne dites à mes yeux aucune extravagance ; N'entreprenez sur moi, non plus que moi sur vous.
DORANTE
Tais-toi ; le ciel m'envoie un entretien plus doux : L'ambassade revient.
CLITON
Que nous apporte-t-elle?
DORANTE
Maraud, veux-tu toujours quelque douceur nouvelle?
CLITON
Non pas, mais le passé m'a rendu curieux;
Je lui regarde aux mains un peu plutôt qu'aux yeux.