ACTE IV, SCÈNE II
CLÉANDRE
Un coup dont tu seras ravie.
MÉLISSE
Qu'à cette lâcheté je puisse consentir!
CLÉANDRE
Bien plus, tu m'aideras à le faire mentir.
MÉLISSE
Ne le présumez pas, quelque espoir qui vous flatte ; Si vous êtes ingrat, je ne puis être ingrate.
CLÉANDRE
Tu semblés t'en fâcher!
MÉLISSE
Je m'en fâche pour vous.
D'un mot il peut vous perdre, et je crains son courroux.
n est trop généreux; et d'ailleurs la querelle.
Dans les termes qu'elle est, n'est pas si criminelle.
Écoute. Nous parlions des dames de Lyon;
Elles sont assez mal en son opinion :
n confesse de vrai qu'il a peu vu la ville.
Mais il se l'imagine en beautés fort stérile,
Et ne peut se résoudre à croire qu'en ces lieux
La plus belle ait de quoi captiver de bons yeux.
Pour l'honneur du pays j'en nomme trois ou quatre;
Mais, à moins que de voir, il n'en veut rien rabattre :
Et, comme il ne le peut étant dans la prison,
J'ai cru par un portrait le mettre à la raison :
Et, sans chercher plus loin ces beautés qu'on admire,
Je ne veux que le tien pour le faire dédire.
Me le dénieras-tu, ma sœur, pour un moment?
MÉLISSE
Vous me jouez, mon frère, assez accortement ; La quereUe est adroite, et bien imaginée.
CLÉANDRE
Non, je m'en suis vanté, ma parole est donnée.
S'il &ut ruser ici, j'en sais autant que vous, Et vous serez bien fin si je ne romps vos coups. Vous pensez me surprendre, et je n'en fais que rire ; Dites donc tout d'un coup ce que vous voulez dire.
CLÉANDRE
Eh bien! je viens de voir ton portrait en ses mains.
MÉLISSE
Et c'est ce qui vous fâche?
CLÉANDRE
Et c'est dont je me plains.
MÉLISSE
J'ai cru vous obliger, et l'ai fait pour vous plaire : Votre ordre était exprès.
CLÉANDRE
Quoi ! je te l'ai fait faire?
MÉLISSE
Ne m'avez-vous pas dit : « Sous ces déguisements » Ajoute à ton argent perles et diamants? » Ce sont vos propres mots, et vous en êtes cause.
CLÉANDRE
Eh quoi! de ce portrait disent-ils quelque chose?
MÉLISSE
Puisqu'il est enrichi de quatre diamants, N'est-ce pas obéir à vos commandements?
CLÉANDRE
C'est fort bien expliquer le sens de mes prières. Mais, ma sœur, ces faveurs sont un peu singulières : Qui donne le portrait promet l'original.
MÉLISSE
C'est encore votre ordre, ou je m'y connais mal.
Ne m'avez-vous pas dit : « Prends souci de me plaire,
» Et vois ce que tu dois à qui te sauve un frère? »
Puisque vous lui devez et la vie et l'honneur.
Pour vous en revancher dois-je moins que mon cœur?
Et doutez-vous encore à quel point je vous aime,