‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 368 sur 386 · ACTE IV. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE III

Quand pour vous acquitter je me donne moi-même?

CLÉANDRE

Certes, pour m'obéir avec plus de chaleur. Vous donnez à mon ordre une étrange couleur, Et prenez un grand soin de bien payer mes dettes : Non que mes volontés en soient mal satisfaites ; Loin d'éteindre ce feu, je voudrais Tallumer, Qu'il eût de quoi vous plaire, et voulût vous aimer. Je tiendrais à bonheur de l'avoir pour beau-frère ; J'en cherche les moyens, j'y fais ce qu'on peut faire; Et c'est à ce dessein qu'au sortir de prison Je viens de l'obliger à prendre la maison. Afin que l'entretien produise quelques flammes Qui forment doucement l'union de vos Ames. Mais vous savez trouver des chemins plus aisés ; Sans savoir s'il vous plaît, ni si vous lui plaisez, Vous pensez l'engager en lui donnant ces gages, Et lui donnez sur vous de trop grands avantages.

Que sera-ce, ma sœur, si, quand vous le verrez. Vous n'y rencontrez pas ce que vous espérez. Si quelque aversion vous prend pour son visage. Si le vôtre le choque, ou qu'un autre l'engage, Et que de ce portrait, donné légèrement, n érige un trophée à quelque objet charmant?

MÉLISSE

Sans l'avoir jamais vu je connais son courage : Qu'importe après cela quel en soit le visage? Tout le reste m'en plaît; si le cœur en est haut. Et si l'Ame est parfaite, il n'a point de défaut. Ajoutez que vous-même, après votre aventure, Ne m'en avez pas fait une laide peinture ; Et, comme vous devez vous y connaître mieux, Je m'en rapporte à vous, et choisis par vos yeux. N'en doutez nullement, je l'aimerai, mon frère; Et si ces faibles traits n'ont point de quoi lui plaire, S'il aime en autre lieu, n'en appréhendez rien :

Puisqu'il est généreux, il en usera bien.

CLÉANDRE

Quoi qu'il en soit, ma sœur, soyez plus retenue Alors qu'à tous moments vous serez à sa vue. Votre amour me ravit, je veux le couronner ; Mais souffrez qu'il se donne avant que vous donner. D sortira demain, n'en soyez point en peine. Adieu : je vais une heure entretenir Glimène.

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