DORANTE, MÉLISSE, LYSE, CLITON
MÉLISSE
Au bruit de vos soupirs, tremblante et sans couleur, Je viens savoir de vous mon crime, ou mon malheur; Si j'en suis le sujet, si j'en suis le remède ; Si je puis le guérir, ou s'il faut que j'y cède ; Si je dois, ou vous plaindre, ou me justifier. Et de quels ennemis il faut me défier.
DORANTE
De mon mauvais destin, qui seul me persécute.
MÉLISSE
A ses injustes lois que faut-il que j'impute?
DORANTE
Le coup le plus mortel dont il m'eût pu frapper.
MÉLISSE
Est-ce un mal que mes yeux ne puissent dissiper?
DORANTE
Votre amour le fait naître, et vos yeux le redoublent.
MÉLISSE
Si je ne puis calmer les soucis qui vous troublent, Mon amour avec vous saura les partager.
DORANTE
Àh ! vous les aigrissez, les voulant soulager ! Puis-je voir tant d'amour avec tant de mérite. Et dire sans mourir qu'il faut que je vous quitte?
MÉLISSE
Vous me quittez! ô ciel ! Mais, Lyse, soutenez; Je sens manquer la force à mes sens étonnés.
DORANTE
Ne croissez point ma plaie, elle est assez ouverte ; Vous me montrez en vain la grandeur de ma perte. Ce grand excès d'amour que font voir vos douleurs Triomphe de mon cœur sans vaincre mes malheurs. On ne m'arrête pas pour redoubler mes chaînes, On redouble ma flamme, on redouble mes peines ; Mais tous ces nouveaux feux qui viennent m'embraser Me donnent seulement plus de fers à briser.
MÉLISSE
Donc à m'abandonner votre âme est résolue?
DORANTE
Je cède à la rigueur d'une force absolue.
MÉLISSE
Votre manque d'amour vous y fait consentir.
DORANTE
Traitez-moi de volage, et me laissez partir ; Vous me serez plus douce eiï m'étant plus cruelle. Je ne pars toutefois que pour être fidèle ; A quelques lois par là qu'il me faille obéir. Je m'en révolterais, si je pouvais trahir. Sachez-en le sujet; et peut-être, madame,