ACTE IV, SCÈNE T
Je ne vous retiens plus, allez.
DORANTE
Puisse à Tos yeux M'écraser à Tinstant la colère des cieux, Si j'adore autre objet que celui de Mélisse, Si je conçois des vœux que pour votre service, Et si pour d'autres yeux on m'entend soupirer. Tant que je pourrai voir quelque lieu d'espérer ! Oui, madame, souffrez que cette amour persiste Tant que l'hymen engage ou MéUsse, ou Philiste ; Jusque-là les douceurs de votre souvenir Avec un peu d'espoir sauront m'entretenir : J'en jure par vous-même, et ne suis point capable D'un serment ni plus saint ni plus inviolable. Mais j'offense Philiste avec un tel serment; Pour guérir vos soupçons je nuis à votre amant. J'effacerai ce crime avec cette prière : Si vous devez le cœur à qui vous sauve un frère, Vous ne devez pas moins au généreux secours Dont tient le jour celui qui conserva ses jours. Aimez en ma faveur un ami qui vous aime, Et possédez Dorante en un autre lui-même.
Adieu. Ck)ntre vos yeux c'est assez combattu ; Je sens à leurs regards chanceler ma vertu ; Et, dans le triste état où mon âme est réduite. Pour sauver mon honneur, je n'ai plus que la fuite.