‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 62 sur 386 · ACTE V, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vil

« Ne crains rien (m'a-t*il dit, quand il m'a désarmé) :

» Je laisserais plutôt la victoire incertaine,

» Que de répandre un sang hasardé pour Chimène;

» Mais puisque mon devoir m'appelle auprès du roi,

» Va de notre combat l'entretenir pour moi,

» De la part du vainqueur lui porter ton épée. »

Sire, j'y suis venu : cet objet l'a trompée;

Efle m'a c a vainqueur, me voyant de retour:

Et soudai i sa colère a trahi son amour

Avec tant de transport et tant d'impatience,

Que je n'ai pu gagner un moment d'audience.

Pour moi, bien que vaincu, je me répute heureux;

Et, malgré l'intérêt de mon cœur amoureux.

Perdant infiniment, j'aime encor ma défaite.

Qui fait le beau succès d'une amour si parfaite.

D. FERNAND

Ma fille, il ne faut point rougir d'un si beau feu,

Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu :

Une louable honte en vain t'en sollicite ;

Ta gloire est dégagée, et ton devoir est quitte ;

Ton père est satisfait, et c'était le venger

Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger.

Tu vois comme le ciel autrement en dispose.

Ayant tant fait pour lui, fais pour toi quelque chose.

Et ne sois point rebelle à mon commandement.

Qui te donne un époux aimé si chèrement.

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