SCÈNE VI
D. FERNÀND, D. DIÈ6UE, D. ARIAS» D. SANGHE, D. ALONSE,
GHIMÈNE, ELYIRE.
CHIMÈNE
Sire, il n'est plus besoin de vous dissimuler
Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer.
J'aimais, vous l'avez su; mais, pour venger mon père.
J'ai bien voulu proscrire une tête si chère :
Votre majesté, sire, elle-même a pu voir
Comme j'ai fait céder mon amour au devoir.
Enfin Rodrigue est mort, et sa mort m'a changée
D'implacable ennemie en amante affligée.
J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour,
Et je dois maintenant ces pleurs à mon amour.
Don Sanche m'a perdue en prenant ma défense ;
Et du bras qui me perd je suis la récompense!
Sire, si la pitié peut émouvoir un roi.
De grâce, révoquez une si dure loi;
Pour prix d'une victoire oîi je perds ce que j'aime.
Je lui laisse mon bien; qu'il me laisse à moi-même;
Qu'en un cloître sacré je pleure incessamment,
Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant.
Enfin elle aime, sire, et ne croit plus un crime D'avouer par sa bouche un amour légitime.
D. FERNAND
Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort; Et don Sanche vaincu t'a fait un faux rapport.
D. SANCHE
Sire, un peu trop d'ardeur malgré moi l'a déçue :
Je venais du combat lui raconter l'issue.
Ce généreux guerrier, dont son cœur est charmé.