‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 83 sur 386 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CURIÀCE, CAMILLE. GAHUXE.

Iras-tu, Curiace? et ce funeste honneur

Te pla!t-il aux dépens de tout notre bonheur?

CURUCE.

Hélas! je vois trop bien qu'il faut, quoi que je fasse, Mourir, ou de douleur, ou de la main d'Horace. Je vais comme au supplice à cet illustre emploi ; Je maudis mille fois l'état qu'on fait de moi : Je hais cette valeur qui fait qu'Albe m'estime ; Ma flamme au désespoir passe jusques au crime, Elle se prend au ciel, et l'ose quereller. Je vous plains, je me plains ; mais il y faut aller.

CAMILLE

Non ; je te connais mieux, tu veux que je te prie. Et qu'ainsi mon pouvoir t'excuse à ta patrie. Tu n'es que trop fameux par tes autres exploits : Albe a reçu par eux tout ce que tu lui dois. Autre n'a mieux que toi soutenu cette guerre ; Autre de plus de morts n'a couvert notre terre : Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien ; Soufire qu'un autre aussi puisse ennobUr le sien.

CURUCE.

Que je soufire à mes yeux qu'on ceigne une autre tête Des lauriers immortels que la gloire m'apprête. Ou que tout mon pays reproche à ma vertu

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